Dans une tribune libre, Steeve Yondzi, le Président du cercle de réflexion Afrique Dignité, décrypte l’actualité internationale entre l’Ukraine et la Russie, puis entre le Mali et la France. Ainsi, il estime que la France de la 5e République se nourrit de coups d’état et n’a aucune leçon à donner au Mali. Lecture!
L’actualité politique mondiale reste, ces derniers temps, marquée par les questions de sécurité en Ukraine qui opposent l’Europe, sous les auspices de l’OTAN, à la Russie, d’une part et par les coups d’état, tentatives de coup d’état en Afrique de l’Ouest et l’escalade diplomatique entre la France et le Mali et dont le point culminant a été atteint par le renvoi, le 31 janvier 2022, de Joël Meyer ambassadeur, haut représentant de la République française au Mali, d’autre part.
Si de 1960 à nos jours, les deux pays ont eu des fièvres dans leurs relations diplomatiques, il faut noter cependant, qu’elles n’ont jamais atteints ce degré.
Qu’est ce qui est à l’origine, de la dégradation des convenances diplomatiques entre les deux Etats au point de servir une escalade sans pareil au monde et à l’univers ?
Les Institutions françaises d’alors peuvent-elles soustraire leur existence de l’apport des coups d’Etat ?
Origine de la dégradation des convenances diplomatiques entre les deux Etats
La fièvre diplomatique entre la France et le Mali tire son origine de l’échec de l’opération Serval devenue Barkhane (1), du deuxième coup d’état perpétré par le colonel Assimi GOÏTA et l’entrée en scène des Russes (Wagner) au Mali (2).
L’échec de serval et de Barkhane au Sahel
Le 11 janvier 2013, François Hollande décide, sur appel du Gouvernement de transition du Mali, de faire intervenir l’armée française au Mali pour faire face aux djihadistes qui marchent vers Bamako. C’est le début de l’opération Serval. Cette opération visait à libérer le Mali, à limiter dans la durée les capacités de nuisance des groupes et à transférer la responsabilité de la zone aux forces des nations unies et de l’union européenne.
Enlisée dans le Sahel et subissant des pertes en vie humaines, la France décide de mettre fin, un an après, à l’opération serval pour la remplacer par Barkhane, sans toutefois avoir atteint les objectifs fixés, libérer le nord Mali des fondamentalistes musulmans ; c’est alors que Barkhane voit le jour le 14 juillet 2014.
L’opération Barkhane plus large s’étend à tout le Sahel avec pour objectif de libérer le sahel des mouvements djihadistes. Elle est mise en place en partenariat avec les pays de la bande Sahélo Saharienne, le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et le Tchad).
Malgré un important dispositif, l’opération Barkhane ne parvient pas à libérer le nord Mali. Il demeure, de ce fait, un Etat au sein duquel le pouvoir politique ne s’exercer pas sur l’ensemble du territoire national.
Privés des moyens logistiques et financiers, mal nourris les militaires maliens enregistrent non seulement d’importantes pertes en vie humaine mais sont aussi empêchés, par l’armée française, de se mouvoir dans le nord Mali.
L’ensemble de ces faits a donné l’occasion à la société civile et aux parties politiques de l’opposition malienne réunis au sein M5-RFP de rendre le régime du Président Ibrahim BOUBAKAR KEITA (IBK) responsable. Ils dénoncent sa corruption généralisée et paralysent le fonctionnement de l’Etat. Cette paralysie conduira l’armée à organiser un coup de force et mettre fin au régime d’IBK le 19 août 2020.
Le coup d’état de Goïta et l’entrée des russes au Mali
Le coup d’état du 19 août 2020 va donner l’occasion à l’armée malienne de prendre les rênes du pouvoir, le colonel Assimi Goïta assurera les fonctions de Président du mouvement national pour le salut du peuple.
Mais, suite à une médiation de la CDEAO et à la pression internationale le MNSP sera dissout. A l’issu de cette dissolution, le colonel à la retraite, Bah N’DAW, sera choisi pour assurer les fonctions de Président de la transition ; celles de Premier Ministre seront assurées par Moctar Ouane.
Si les premiers rôles de l’exécutif dyarchiques sont tenus par des civils, la Vice-Présidence de la transition, les ministères la défense et la sécurité vont échoir respectivement à Assimi GOITA, Sadio Camara et Modibo Koné, tous militaires. Mais cet attelage ne mettra pas longtemps à connaitre des contradictions.
Conseillé par plusieurs pôles, Bah NDAW manifeste la volonté de s’affranchir de la forte influence militaire au sein du gouvernement. Ainsi, de retour du sommet sur le financement des économies africaines de Paris et après avoir eu des entretiens avec Alassane Ouattara, Emmanuel Macron et bien d’autres personnalités, le président de la transition va décider de changer le gouvernement.
Le nouveau gouvernement qu’il met en place reconduira, non seulement, Moctar Ouane duquel ne s’accommodent plus les militaires pour ses résultats jugés insuffisants mais écartera Modibo Koné et Sadio Camara, deux membres du CNSP.
Ces changements, selon Assimi Goïta, sont faits en violation des dispositions de la Charte de la transition. En effet, cette charte dit que le vice-président doit être associé à la composition du gouvernement ; en l’espèce ce ne fut le cas.
Le changement de gouvernement et la mise à l’écart des membres du CNSP a entrainé l’arrestation puis la démission de l’exécutif de transition. C’est le deuxième coup d’Etat du CNSP.
Face à ce deuxième acte, la communauté « dite internationale » en tête de laquelle la France n’ira pas « de main morte ». Elle donne de la voix, agissant comme si le Mali était un Etat vassal de la France. Son Président, Emmanuel multiplie des déclarations à la limite de l’injure.
A l’issu du sommet de l’Union européenne, le 24 mai 2021, il qualifiera l’acte d’être « un coup d’Etat dans un coup d’Etat » et promettra les sanctions. Plus tard il affirmera, répondant aux propos de Choguel Maiga qui a dit à la tribune des nations unis que la France a « abandonné le Mali en plein vol »:
« Je rappelle que le Premier ministre malien est l’enfant de deux coups d’État, si je puis dire. Puisqu’il y a eu un coup d’État en août 2020 et un coup d’État dans le coup d’État. Donc, la légitimité du gouvernement actuel est démocratiquement nulle. Alors qu’hier nous avons présidé à l’hommage national au sergent Blasco et qu’aujourd’hui il est enterré parmi les siens, ce qu’a dit le Premier ministre malien est inadmissible. C’est une honte. Et ça déshonore ce qui n’est même pas un gouvernement. »
Aux propos insultants de Macron, méconnaissant toute forme de diplomatie, s’ajouteront ceux de Florence Parly et Jean Yves le Drian, tout aussi choquants qu’insultants.
La première a déclaré dans une interview donné à Jeune Afrique le 26 novembre 2021 : « L’État malien est en effet souverain mais cette junte, issue d’un double coup d’État, ne bénéficie pas de la légitimité conférée par l’élection. » Elle dira aussi : « … Mais il est certain que la présence de Wagner serait inacceptable ».
A son tour Jean Yves le Drian dira dans le parisien en ligne du 27 janvier 2021 : « une junte illégitime qui prend des mesures irresponsables »
D’un usage diplomatique gauche et lamentable, ces propos sont empreints de racisme et symptomatiques de la considération que les autorités françaises ont du peuple malien et tous les peuples des pays d’Afrique francophone en général.
A la vérité, la virulence langagière des autorités française est subséquente, d’une part à la découverte de la duplicité et du machiavélisme politique français et à la signature des accords militaires avec la Russie par le gouvernement malien étranger aux circonvolutions de la France Afrique, d’autre part.
A suivre…
Par Steeve Yondzi, Président du cercle de réflexion Afrique Dignité.


























