Présenté comme une bouée de sauvetage lancée dans les eaux troubles de la transition, le gouvernement intérimaire d’Oligui Nguema, mis en place, devait garantir la continuité de l’État après la démission de plusieurs ministres élus députés. Un mois plus tard, cette embarcation provisoire tangue dangereusement, rattrapée par la realpolitik et plombée par des choix stratégiques approximatifs qui transforment l’intérim en labyrinthe administratif.
Pensé comme une parenthèse courte, ce gouvernement transitoire ressemble désormais à une saison qui s’éternise. Certains observateurs le décrivent déjà comme le plus long intérim gouvernemental depuis 1990. Loin d’assurer la fluidité promise, il expose au grand jour des rouages grippés, des responsabilités diluées et une machine étatique qui avance à pas comptés, comme freinée par sa propre prudence.
Réunis lors de la deuxième édition du Séminaire gouvernemental, le 14 décembre, sous la houlette du vice-président du gouvernement par intérim, Henri-Claude Oyima, les responsables administratifs ont livré un diagnostic sévère. Le secrétaire général du gouvernement, Abdul Razzaq Guy Kabongo, a dressé un tableau sans fard des contre-performances observées, évoquant une action publique essoufflée, une efficacité budgétaire fragile et une redevabilité encore trop théorique, rappelle notre confrère Le Confidentiel.
Selon lui, les échanges internes manquent d’huile et les circuits décisionnels peinent à atteindre leur vitesse de croisière. Cette mécanique mal réglée traduit une mauvaise anticipation stratégique, où la réduction des effectifs ministériels n’a pas été compensée par une organisation plus agile. Résultat : lenteurs, silences administratifs et décisions suspendues, comme des dossiers oubliés au fond d’un tiroir.
À ces failles structurelles s’ajoute un verrou financier redoutable. Les cabinets ministériels, privés de ressources, ne parviennent plus à assurer leurs charges essentielles. Autrefois, ces dépenses étaient absorbées par les ministres sur les fonds de cabinet. Aujourd’hui, le robinet est fermé et l’administration fonctionne au ralenti, dans un paysage budgétaire quasi désertique où « presque plus rien ne tourne ».
Cette asphyxie financière renforce le sentiment d’improvisation. L’intérim, au lieu d’être un pont solide, devient un terrain mouvant. Plusieurs cabinets concernés n’auraient toujours pas appliqué les orientations issues des Conseils des ministres, censées encadrer clairement cette phase transitoire. L’absence de discipline collective accentue l’impression d’un navire sans boussole.
Face à l’enlisement, des secrétaires généraux de ministères s’inquiètent ouvertement. Malgré l’annonce d’une note de recadrage promise par le vice-président par intérim, les doutes persistent. De plus en plus de hauts fonctionnaires estiment que la prolongation de cette formule provisoire constitue une mauvaise stratégie, risquant d’affaiblir durablement l’action publique. Pour eux, seule la fin rapide des intérims et la mise en place d’une gouvernance pleinement opérationnelle permettront de sortir l’État gabonais de cette zone grise, où l’urgence se heurte à l’attentisme et où la transition menace de devenir une impasse.
Dans ce contexte incertain, chaque jour d’hésitation coûte cher à la crédibilité de l’exécutif, fragilise la confiance des citoyens et alimente les critiques de ce gouvernement intérimaire d’Oligui Nguema. Le temps politique, tel un sablier renversé, s’écoule rapidement, rappelant que gouverner par défaut expose toujours au risque de voir l’exception devenir la règle durablement et sans retour.

























