Le procès par contumace de Sylvia et Noureddin Bongo, annoncé comme un tournant judiciaire majeur, devait symboliser la rupture avec une ère d’impunité. Pourtant, pour leurs soutiens, cette audience programmée du 10 au 14 novembre 2025 prend des allures de pièce improvisée, jouée dans un théâtre où le droit semble relégué en coulisses. Derrière l’ambition déclarée des autorités de marquer une rupture nette, se dessine un procès perçu comme un instrument politique davantage que comme un exercice souverain de justice.
Me Gisèle Eyue Bekale, avocate des deux accusés, se dresse en première ligne pour dénoncer ce qu’elle qualifie de procédure viciée. Elle affirme que « la défense n’a jamais reçu le dossier complet », une omission majeure qui, selon elle, « empêche de manière absolue et légale d’organiser la défense ». Plus grave encore, plusieurs recours seraient encore pendants devant la Cour de cassation, ce qui rendrait la tenue du procès non seulement précipitée, mais juridiquement incohérente. À ses yeux, la justice avance ici comme un funambule sans filet.
L’avocate insiste également sur une autre entorse : la non-application du délai de quatre mois imposé lorsqu’un justiciable réside à l’étranger, conformément à l’article 419 du Code de procédure pénale. Or, Sylvia et Noureddin Bongo vivent à Londres, un fait connu du parquet. En ignorant ce délai incontournable, estime Me Eyue Bekale, la justice gabonaise transforme un procès d’État en un échafaudage instable où chaque manquement affaiblit davantage la crédibilité institutionnelle.
À ces accusations s’ajoute le plaidoyer virulent d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, universitaire et ancien ministre, qui dénonce « l’hérésie d’un procès sans scellés ». Selon lui, juger sans pièces à conviction revient à vouloir écrire un verdict sans encre. Il rappelle que les biens saisis , espèces, bijoux, véhicules, documents bancaires, avaient été « exhibés comme trophées » après le coup d’État de 2023, avant de disparaître mystérieusement dans les méandres du pouvoir. Cette absence de scellés, martèle-t-il, invalide toute prétention à la vérité judiciaire.
L’ancien ministre va plus loin en affirmant que la remise de ces biens au Premier ministre constitue un acte de « destruction volontaire de l’instrument de la justice ». Une telle décision représenterait, selon lui, une infraction pénale et une grave atteinte aux droits fondamentaux des justiciables. Pour Onanga Y’Obegue, ce procès s’apparente moins à une quête de vérité qu’à une mise en scène savamment orchestrée, où la lumière éclaire davantage les acteurs politiques que les faits eux-mêmes.
Au final, les critiques convergent : la justice gabonaise risque, en s’affranchissant de ses propres règles, de perdre son autorité morale. Me Eyue Bekale évoque un procès « vidé de substance », tandis qu’Onanga Y’Obegue décrit un « théâtre d’ombres » où la vérité est escamotée. Ensemble, ils alertent sur un risque majeur : qu’en voulant rompre avec l’impunité, la justice n’en vienne à trahir l’idéal même d’État de droit. Ici, ce n’est pas seulement le sort de Sylvia et Noureddin Bongo qui se joue, mais l’avenir de la confiance citoyenne en l’institution judiciaire.


























