À des milliers de kilomètres de Libreville, sur les pelouses parfois négligées du championnat iranien, un Gabonais poursuit son chemin avec une discrétion presque déroutante, mais une efficacité redoutable. Bocoum Baboue Eric, né le 10 mars 1996, évolue depuis 2021 au Gol Gohar Sirjan FC, où il s’est imposé comme un pilier du milieu de terrain. À 29 ans, il semble être dans la pleine possession de ses moyens, aligné avec régularité, 22 fois cette saison, dans un rôle où l’équilibre, la vision et l’intelligence de jeu sont des denrées précieuses.
Milieu relayeur au coffre impressionnant, sentinelle capable de casser les lignes, meneur silencieux dans l’ombre du jeu, Bocoum incarne ce profil de joueur qui lie les lignes, temporise quand il le faut, et accélère quand il le faut. Il ne fait pas de vagues, mais fait du bien. Son football est fait de maîtrise, de lecture du jeu, de sobriété élégante et d’engagement constant. Ceux qui l’ont vu jouer savent combien il est difficile de le faire sortir d’un match : il est de ceux qui ne s’éteignent jamais.
Et pourtant, un voile d’incompréhension s’installe. Car malgré ses performances constantes, le nom de Bocoum Baboue Eric ne réapparaît plus dans les radars de la sélection nationale gabonaise. Depuis sa première apparition en équipe nationale, le 22 mars 2024, l’opinion s’attendait logiquement à le voir s’ancrer durablement dans le groupe. Un milieu fiable, expérimenté, et surtout compétitif à l’échelle internationale — une denrée rare pour un pays qui aspire à exister pleinement sur la scène africaine.
Mais depuis, rien. Aucun rappel, aucune convocation. Silence. Faut-il rappeler qu’il évolue dans un championnat structuré, où la charge physique est lourde, et où la performance est constamment scrutée ? Faut-il souligner que cette saison encore, il a répondu présent sur 22 rencontres, maintenant un niveau de forme stable et un rendement constant dans un poste aussi exigeant ?
On s’interroge. Pourquoi un tel profil, encore dans sa maturité, rompu aux joutes internationales, et disposant d’un vécu professionnel solide, ne figure-t-il plus parmi les appelés ? Le mérite serait-il devenu invisible dès lors qu’il s’exerce loin des yeux ? Le Gabon peut-il vraiment se passer de ce type de joueur, alors que le milieu de terrain reste l’un des secteurs les plus cruciaux dans l’équilibre d’une équipe ?
Bocoum Baboue Eric est plus qu’un nom sur une feuille de match. Il est une promesse de stabilité, une garantie d’effort, un moteur silencieux. Il incarne cette école de joueurs qui préfèrent laisser parler le ballon plutôt que les réseaux, et qui donnent chaque semaine un sens au mot « professionnalisme ».
Il est temps que les choix en sélection s’ouvrent aux mérites réels, pas aux seuls noms retentissants. Le football gabonais ne peut se permettre d’ignorer indéfiniment ceux qui, dans le silence, portent haut nos couleurs avec honneur. Bocoum ne demande pas la lumière. Il la mérite.


























