C’est désormais acté : depuis ce dimanche 9 novembre 2025, Libreville s’est choisi un nouveau timonier en la personne de Pierre Mathieu Obame Etoughe. À 56 ans, le représentant de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) décroche le fauteuil de maire, comme un ingénieur qui récupère enfin les plans d’un chantier qu’il connaît mieux que quiconque. Son élection s’inscrit dans la dynamique d’une victoire éclatante de l’UDB, parti du président Oligui Nguema, qui a raflé plus de la moitié des sièges de conseillers municipaux dans la capitale. En face, le Parti démocratique gabonais (PDG), longtemps maître du terrain politique sous Omar Bongo Ondimba, se voit contraint de jouer désormais les seconds rôles, tel un ancien géant prenant conscience que son ombre ne domine plus la scène.
Ingénieur chevronné des travaux publics, ancien Secrétaire général du ministère du même nom, Pierre Mathieu Obame Etoughe n’arrive pas les mains dans les poches, mais avec une réputation forgée dans la rigueur. On dit de lui qu’il avance comme un maître d’œuvre méticuleux, incapable de laisser un boulon rouillé ou un dossier poussiéreux compromettre l’édifice. Son intégrité, souvent saluée, est son ciment le plus robuste, celui qui ne se fissure pas même sous les intempéries politiques.
Originaire de l’Estuaire et issu du groupe Fang, sa nomination reste alignée avec la vieille géopolitique de Libreville. Le fauteuil de maire, traditionnellement réservé à un Fang ou à un Mpongwe, perpétue un équilibre tacite instauré par Omar Bongo puis consolidé par Ali Bongo Ondimba. Tel un vieux mécanisme dont personne n’ose briser les rouages, cette règle non écrite continue de guider les choix à la tête de la capitale.

Pourtant, au-delà de ces héritages, c’est un immense terrain de reconstruction qui attend le nouveau maire. Libreville, belle mais meurtrie, porte les stigmates de décennies de gestion chancelante. Ses routes, trouées comme une toile mal rapiécée, ses ordures parfois abandonnées en plein jour, et sa bureaucratie somnolente donnent l’image d’une ville qui cherche désespérément un réparateur patient et tenace.
Espérons qu’avec Pierre Mathieu Obame Etoughe, l’heure n’est plus à la gabegie mais au redressement. Beaucoup espèrent qu’il saura transformer l’hôtel de ville en atelier de renouveau, où chaque pierre sera posée avec discipline. Libreville attend son réveil ; il lui revient désormais d’en écrire l’aube.


























