Le Gabon engage une transformation profonde de sa pêche artisanale, un secteur vital pour la sécurité alimentaire nationale mais longtemps fragilisé par la surexploitation, la pêche illégale et l’absence d’infrastructures adaptées. À travers une série de réformes structurantes, le pays ambitionne désormais de reprendre le contrôle de ses ressources halieutiques et de bâtir une économie bleue durable.
Malgré des eaux parmi les plus poissonneuses de la façade atlantique, le poisson est devenu une denrée rare et coûteuse pour de nombreux ménages gabonais. Cette contradiction s’explique par plusieurs facteurs : pression croissante sur les stocks, concurrence des navires industriels, manque de professionnalisation et dépendance aux importations.
Face à ce constat, les autorités ont fait de la pêche artisanale un levier central de souveraineté alimentaire.
Gab Pêche : la pierre angulaire de la modernisation
Lancé en août 2025, le projet Gab Pêche marque un tournant stratégique. Porté par le ministère de la Mer, de la pêche et de l’économie bleue, il vise à moderniser, professionnaliser et « gaboniser » la filière.
Les premiers résultats sont significatifs : 8 pirogues sur 10 débarquent désormais près de 300 kg de poissons chacune, soit 2,4 tonnes injectées dans le marché local un volume inédit qui contribue à stabiliser l’offre et les prix.
Le programme prévoit également le déploiement progressif de 700 pirogues modernes sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’un accompagnement logistique et technique renforcé.
L’inauguration du Centre d’appui à la pêche artisanale d’Omboué (CAPAO) en octobre 2025 illustre la volonté de doter les pêcheurs d’outils modernes.
Ce centre offre des équipements de conservation, des espaces de transformation et un appui technique, constituant un véritable hub économique pour les communautés locales.
Au-delà de l’amélioration des captures, les réformes poursuivent plusieurs objectifs stratégiques :
Protéger les ressources halieutiques grâce à un meilleur contrôle et à la lutte contre la pêche illégale.
Renforcer la souveraineté alimentaire en réduisant la dépendance aux importations.
Professionnaliser la filière pour améliorer les revenus et les conditions de travail des pêcheurs.
Créer une économie bleue durable, alignée sur la vision présidentielle d’un « Gabon moderne et digne d’envie ».
Malgré les avancées, plusieurs défis demeurent : la nécessité d’un contrôle maritime plus strict, la formation continue des pêcheurs, l’extension des infrastructures à d’autres localités, et la mise en place d’un suivi scientifique régulier des stocks.
En modernisant sa pêche artisanale, le Gabon ne se contente pas de réformer un secteur : il redéfinit son rapport à la mer, à la souveraineté alimentaire et à la gestion durable de ses ressources. Si les efforts se poursuivent, le pays pourrait devenir un modèle régional de gouvernance halieutique.












































