Il y a des courriers officiels qui ressemblent à des bombes à retardement. Celui que l’opérateur turc Karpowership Global DMCC a adressé ce mardi 17 mars 2026 aux autorités gabonaises en est un. Dans ce document aux allures de mise en demeure finale, la société annonce la suspension totale de sa production électrique à 23h59 précises, sauf règlement immédiat d’une créance de 15 milliards de francs CFA. En jeu : 150 mégawatts destinés à la zone de Libreville Sud, soit une tranche substantielle du pain énergétique quotidien de la capitale gabonaise. L’horloge tourne. Et Libreville retient son souffle.
Des mois d’impayés, une patience turque qui a atteint ses limites
Cette mise en demeure n’est pas tombée du ciel un beau mardi soir. Elle est le fruit amer d’un bras de fer financier qui s’étire depuis des mois, jalonnés de promesses non tenues et de règlements partiels insuffisants. En février 2025, une rencontre au plus haut niveau entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et la direction de Karpowership avait semblé ouvrir une voie de sortie. Les engagements de paiement pris à cette occasion n’ont jamais été honorés. Le versement de 5 milliards de FCFA consenti par l’État, présenté comme un geste de bonne volonté, n’a fait qu’alimenter l’amertume d’un fournisseur qui affirme avoir prolongé ses opérations « au-delà des échéances initialement convenues » par pur esprit de coopération. Aujourd’hui, cet esprit s’est évaporé.
Un ultimatum adressé à trois ministères : l’État gabonais dos au mur
La mise en demeure a été adressée conjointement au ministre de l’Énergie Philippe Tonangoye, au ministre de l’Économie Thierry Minko et à la direction de la SEEG. Trois destinataires pour un seul message : Karpowership se dit désormais dans l’impossibilité contractuelle de maintenir la production sans le soutien financier attendu. L’entreprise exige 15 milliards de FCFA comme condition sine qua non à la poursuite de la fourniture. Son représentant, Cagdas Sevik, a néanmoins laissé entrouverte une porte de négociation de dernière heure, se déclarant disponible pour des discussions urgentes. Mais dans les couloirs du pouvoir gabonais, le temps se fait rare comme l’électricité dans les quartiers en délestage.
Libreville Sud dans le noir : un scénario catastrophe que la Ve République ne peut ignorer
Sans déblocage rapide des fonds, le Grand Libreville pourrait basculer dans un déficit électrique inédit. Pour des milliers de ménages et d’entreprises qui subissent déjà des coupures à répétition, les délestages prolongés ne seraient plus l’exception mais la règle quotidienne — un scénario social explosif que les autorités de la Ve République ne peuvent se permettre d’ignorer. La crise énergétique gabonaise avait déjà un visage. Ce soir, elle s’est donné une heure : 23h59.


























