Au cœur de Libreville, le marché de Nkembo est connu pour son effervescence commerciale, ses produits variés et sa place centrale dans la vie quotidienne. Mais derrière les étals animés et les allées bondées, une pratique clandestine gagne du terrain, dans l’ombre des regards et en marge de la légalité : l’avortement médicamenteux illégal.
Depuis plusieurs mois, ce marché populaire s’est transformé en une véritable pharmacie à ciel ouvert, où des comprimés abortifs sont vendus librement par des vendeuses ambulantes. Sans ordonnance, sans suivi médical et en toute impunité, elles proposent ces produits à des jeunes femmes souvent en détresse, pour des sommes oscillant entre 20 000 et 50 000 francs Cfa. La discrétion est la règle, mais tout le monde semble savoir où se procurer ces « pilules miracles ».
Cette banalisation inquiète les professionnels de santé. Le Dr Nathalie Ambounda, gynécologue à Libreville, alerte : « Ces substances sont administrées sans aucun encadrement. Cela expose les femmes à des hémorragies, des infections, des complications irréversibles, et même à la mort. » Dans un pays où l’avortement reste strictement interdit par la loi, ce commerce illégal représente non seulement une violation du droit, mais surtout une bombe sanitaire silencieuse.
Selon les données des organisations locales de santé, les avortements à risque figurent parmi les principales causes de mortalité maternelle au Gabon. L’absence d’éducation sexuelle, le manque d’accès à la contraception et la stigmatisation autour de la grossesse non désirée poussent de nombreuses jeunes filles vers ces pratiques périlleuses.
Face à ce fléau silencieux, les autorités semblent regarder ailleurs. L’inaction laisse le champ libre à un trafic qui prospère sur la détresse des plus vulnérables. Il est urgent de briser le silence, d’ouvrir le débat sur la santé reproductive et de mettre en place des politiques de prévention, de sensibilisation et de soutien.
Le marché de Nkembo n’est pas qu’un lieu de commerce : il est devenu le triste miroir d’un malaise sociétal profond, entre tabou, insécurité sanitaire et abandon institutionnel.











































