Alors que le Gabon post-30 août 2023 se rêvait en terre de libertés reconquises, l’incarcération de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo à la prison centrale de Libreville résonne comme une cloche fêlée dans l’imaginaire collectif. L’espoir né du changement de régime se heurte brutalement aux murs froids de la détention, ravivant le sentiment d’une promesse inachevée. Accusés de trouble à l’ordre public et d’incitation à la grève, ces figures de la contestation sociale deviennent les symboles d’un malaise plus profond, celui d’une République qui peine à rompre avec ses vieux réflexes autoritaires.
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Le pays traverse une zone de fortes turbulences, semblable à une mer agitée où les vagues de la colère sociale se fracassent contre le silence du pouvoir. Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, visages familiers des luttes syndicales, ont été déférés pour des chefs d’accusation que Jean Rémy Yama qualifie d’« artifices fallacieux ». Pour le leader syndical emblématique et président du Parti national pour le travail et le progrès, ces poursuites traduisent une volonté manifeste de museler toute voix discordante, comme si la contestation devait être rangée au rayon des délits.
Au-delà des personnes, c’est le principe même de la démocratie gabonaise qui se retrouve sur le banc des accusés. Jean Rémy Yama évoque l’avènement d’une « République de l’obéissance », où le droit de grève, pourtant gravé dans la Constitution, est vidé de sa substance par une criminalisation rampante. « Inciter à faire quelque chose de légal n’est pas une infraction, c’est un acte citoyen », martèle-t-il, dénonçant un système qui entretient la précarité des agents publics comme un moyen de contrôle social, discret mais efficace. Lire aussi : Greve et justice : L’interpellation de Marcel Libama en pleine tempête éducative
La contestation actuelle ne se limite pourtant pas à une revendication salariale classique. Elle s’enracine dans une exigence de respect de la loi et de paiement des arriérés dus, qu’il s’agisse de vacations, de rappels ou de régularisations administratives. Sur le terrain économique, Jean Rémy Yama fustige les choix budgétaires du gouvernement, qu’il juge incohérents et révélateurs d’un manque de volonté politique.
Selon lui, le renoncement temporaire à une partie des fonds de souveraineté du président de la République, des ministres et des institutions suffirait à régulariser l’ensemble des situations en souffrance. Le refus d’appliquer l’article 71 de la loi 1.2005, qui prévoit le maintien de la rémunération lorsque la grève découle d’un non-paiement, illustre, à ses yeux, un mépris assumé de l’État de droit.
Le réquisitoire devient plus sévère lorsqu’il compare l’ordre actuel au passé récent. Jean Rémy Yama évoque une dérive autoritaire progressive, « plus féroce » que celle d’hier, visant à briser les consciences et à installer la peur comme mode de gouvernance. Il interpelle aussi ses anciens compagnons de lutte, désormais silencieux, comme engloutis par les sables mouvants du pouvoir.
Face à cette descente aux enfers, l’appel est clair. La libération des détenus dépendra moins de la clémence du sommet que d’un sursaut collectif. Une question demeure, lancinante : qu’est-ce qui a réellement changé pour le peuple gabonais, au-delà des discours et des symboles ?

























