L’annonce de l’ouverture de la session criminelle de la Cour d’appel de Libreville, ce 15 juillet 2025, est saluée par les autorités judiciaires comme une preuve de « justice mobilisée pour répondre aux attentes des citoyens ». Avec 100 affaires à examiner et 148 accusés sur les bancs, dont une proportion notable de femmes et d’étrangers, le tableau dressé est celui d’une activité judiciaire intense. Pourtant, derrière cette façade de diligence, une analyse plus sceptique s’impose, interrogeant la capacité réelle du système à offrir une justice équitable et efficace dans les délais annoncés.
La Première présidente, Nancy Engandzas , a rappelé avec fermeté : « Chacun a rendez-vous avec son destin. La Cour agira dans le strict respect de la loi. » Si l’intention est louable, cette déclaration soulève des questions quant à la réalité de l’application de cette loi. Dans un contexte où les ressources judiciaires sont souvent mises à rude épreuve, la promesse de traiter 100 affaires en un mois, avec des audiences prévues du lundi au samedi, y compris les jours fériés, semble relever d’un optimisme démesuré, voire d’une communication visant à rassurer sans garanties tangibles. La rapidité peut-elle réellement coexister avec la profondeur de l’analyse nécessaire pour des crimes tels que meurtres et viols? Le risque est grand de voir le « strict respect de la loi » se traduire par une justice expéditive, où les nuances et les droits de la défense pourraient être sacrifiés sur l’autel de l’efficacité affichée.
De plus, la communication autour de cette session judiciaire semble vouloir masquer des réalités plus sombres. La mention des « 10 étrangers » parmi les accusés, bien que factuelle, pourrait être interprétée comme une tentative de détourner l’attention des problèmes structurels de la justice gabonaise elle-même. Est-ce une manière de projeter la responsabilité de la criminalité sur des éléments extérieurs, plutôt que d’adresser les causes profondes de la délinquance au sein du pays ? L’accent mis sur le nombre d’affaires et d’accusés, sans une transparence accrue sur les moyens mis en œuvre (nombre de magistrats disponibles, ressources matérielles, soutien psychologique aux victimes et aux accusés), laisse planer un doute sur la viabilité de ce programme judiciaire ambitieux.
L’idée d’une « justice mobilisée » peut également être perçue avec scepticisme. S’agit-il d’une mobilisation réelle et durable, ou d’une opération de communication ponctuelle pour répondre à une pression sociale accrue ? Les citoyens, lassés des lenteurs et des iniquités, attendent plus que des déclarations d’intention. Ils attendent des résultats concrets, une justice qui soit non seulement rapide, mais aussi juste, équitable et accessible. La période du 15 juillet au 14 août est courte, et le défi de juger 148 accusés dans le respect des procédures peut se révéler insurmontable, conduisant potentiellement à des recours, des annulations de procédures, et, in fine, à une érosion de la confiance envers le système judiciaire. La véritable mesure de cette mobilisation sera sa capacité à produire des décisions solides et incontestables, et non simplement à afficher une activité débordante.
Par Yann Yorick Manfoumbi Manfoumbi, journaliste stagiaire











































