Libreville, 04 mai 2026 – L’interpellation, le mardi 28 avril 2026 à 20 heures, de deux huissiers de justice par la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS), suivie de leur mise à disposition de la Direction Générale des Recherches (DGR), soulève de sérieuses interrogations quant au respect du cadre procédural tel qu’édicté par le Code de procédure pénale et le statut particulier des huissiers de justice au Gabon.
D’emblée, une zone d’ombre s’installe. À ce stade, aucune communication officielle n’est venue préciser les fondements juridiques de cette privation de liberté. Ni le Président de la Chambre nationale des huissiers de justice, Maître Florent Mounguengui, ni la corporation dans son ensemble n’ont été formellement informés des griefs retenus contre leurs confrères, créant une situation juridiquement délicate au regard des exigences de transparence et des droits de la défense.
Or, en matière pénale, la rigueur procédurale n’est pas une option, mais une exigence cardinale. La garde à vue, en tant que mesure attentatoire à la liberté individuelle, obéit à un encadrement strict. Sa durée ne peut excéder 48 heures, sauf prorogation expresse et motivée du Procureur de la République. En l’absence d’éléments attestant d’une telle prolongation, un doute sérieux plane sur la régularité de la détention, exposant potentiellement la procédure à des contestations ultérieures.
À cette incertitude procédurale s’ajoute une interrogation d’ordre statutaire. Les dispositions encadrant la profession d’huissier de justice imposent, en effet, une coordination étroite avec l’autorité judiciaire. Toute poursuite impliquant un officier ministériel suppose, sinon une autorisation préalable, du moins une information des autorités compétentes, notamment du parquet et des instances ordinales. L’absence de cette articulation institutionnelle fragilise l’économie générale de la procédure et alimente les critiques internes à la profession.
Dans ce contexte, la réaction corporatiste ne s’est pas fait attendre.
Réunis en urgence le 1er mai à Libreville, sous l’égide de leur Président, les huissiers ont exprimé leur préoccupation. Ainsi, ils dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une dérive procédurale. L’annonce d’une conférence de presse traduit une volonté de porter le débat sur la place publique. Ils invoquent une atteinte aux garanties fondamentales.
Cependant, au-delà des personnes concernées, cette affaire met en lumière une tension structurelle. Ainsi, elle oppose les impératifs d’efficacité de l’enquête au respect scrupuleux des droits individuels. En effet, dans un État de droit, la légitimité de l’action répressive repose sur sa conformité. Par conséquent, elle dépend moins de sa fermeté que des règles qui l’encadrent.
Dès lors, l’enjeu dépasse le simple cadre disciplinaire ou pénal. Il interroge la capacité des institutions à concilier autorité et légalité, efficacité et garanties. L’évolution de ce dossier sera, à n’en point douter, observée avec une attention soutenue, tant par les professionnels du droit que par une opinion publique de plus en plus sensible aux questions de justice et de libertés.
Comme le dit un proverbe de Lambaréné : « La justice qui marche dans l’ombre finit toujours par trébucher sur la lumière. »











































