Ils arrivent sur la scène politique comme des naufragés qui découvrent une île pleine de richesses. À peine ont-ils foulé le sable de l’échiquier national qu’ils se pressent déjà de tendre les filets, non pour nourrir le peuple, mais pour remplir leurs coffres. Ces nouveaux visages, drapés des couleurs de l’Union démocratique des Bâtisseurs ou d’autres chapelles encore méconnues, quémandent aujourd’hui les suffrages des Gabonais. Mais le peu de temps passé aux affaires a suffi pour révéler leur véritable visage : des pingres de la politique au cœur sec, des égoïstes qui se pensent uniques héritiers du bonheur que procure notre terre.
Dans leurs sillages, combien de collaborateurs sortis de leurs cabinets ont-ils retrouvé leurs poches aussi vides qu’à l’arrivée ? Pourtant, leurs chefs, eux, gonflent leurs ventres de nouveaux riches. La transition, qui devait être une ère de justice, a servi à certains de caverne d’Ali Baba. Mais la générosité, elle, n’a jamais franchi le seuil de leur maison. Comme des puits sans corde, ils gardent pour eux ce que le pays leur a confié, laissant le peuple assoiffé au bord du chemin.
Et voilà qu’aujourd’hui, ils sollicitent les suffrages, osant défier ceux qui, par le passé, ont su tendre la main, partager leur pain, et prouver que l’engagement politique ne se limite pas à des discours creux. Voter pour l’avare, c’est confier sa barque à un marin qui apprend à ramer le jour même de la traversée : l’on risque fort de dormir affamé, sinon de jeûner pour les lendemains.
Certes, le rôle du député est noble : voter les lois, contrôler l’action du gouvernement, consentir à l’impôt. Mais dans une démocratie à la gabonaise, où le développement demeure inachevé, un élu qui se retranche derrière la définition académique de sa fonction tout en oubliant les besoins concrets des populations reste un « peigne afro » inutile, accroché à des cheveux qui ne demandent qu’à respirer. Qu’importe sa proximité avec le chef de l’État, il demeurera fidèle à sa nature : celle d’un avare qui récite son rôle sans jamais descendre dans l’arène du partage.
Ceux qui rêvent de représenter le peuple sans jamais avoir été solidaires des souffrances individuelles ne sont que des vendeurs d’illusions, des Pingres de la politique. Quand on aime un peuple, on le sert déjà dans le silence du quotidien, pas seulement sous les projecteurs d’une campagne. Certains membres de l’ancien régime, malgré leurs travers, ont eu ce mérite de rester proches des populations. Balayer cette mémoire collective au nom d’une nouveauté creuse, c’est condamner les électeurs à verser des larmes amères.
La vérité est simple : le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, détient déjà tous les leviers du pouvoir, fort d’une Constitution qui l’investit comme maître d’orchestre de la Ve République. Lui donner en plus une majorité d’avaricieux, c’est risquer de transformer l’Assemblée en marché de dupes, où les marchands de promesses tiendront étal.
« L’enfant, dit-on, porte dès son jeune âge les signes de ce qu’il sera demain. » Ceux qui ont géré les premiers jours de la transition ont-ils montré des gages de loyauté, de partage, d’abnégation ? Répondre oui, c’est choisir l’aveuglement. Ne cédez pas à la proximité avec le chef de l’État comme unique argument. Donnez vos voix à ceux qui peuvent, réellement, se battre pour que le développement frappe à vos portes, pas aux Pingres de la politique. Nous les connaissons tous : leurs gestes, leurs silences et leurs manières ont déjà livré leur vérité.
Par Roland Olouba Oyabi
Manager des médias et journaliste multimédia, est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).
Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).
Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025
Il fonde en 2020 le média Gabon Mail Infos, qu’il dirige comme directeur de Publication et Rédacteur en chef.

























