Depuis plus de vingt ans, dans le silence feutré de l’engagement et la clameur assourdie des grandes causes, Rosette Oboe Nze épouse Nguema trace une trajectoire d’exception. Fonctionnaire des Affaires Sociales depuis 2002, elle ne s’est jamais contentée d’occuper un poste ; elle a toujours incarné une mission. Chaque affectation, chaque fonction, chaque responsabilité fut pour elle un champ de bataille contre l’indifférence et un terrain fertile pour l’humanité: dans le cadre du CAPEDS
Des couloirs des directions centrales, où elle a servi comme secrétaire particulière du Directeur Général de la Famille, puis du ministre de tutelle, aux chemins sinueux de l’arrière-pays, elle a cultivé un savoir rare : celui qui allie la rigueur des procédures à l’empathie des cœurs. À Franceville, elle s’est révélée plus qu’une fonctionnaire. Responsable de la halte‑garderie locale, elle insuffle à l’administration une âme, une présence vivante. Parallèlement, elle coordonne avec ferveur les actions des Femmes Vertueuses de l’Éducation, semant dans les provinces du Haut‑Ogooué et de l’Ogooué‑Lolo les graines d’une révolution douce portée par les femmes.
Depuis janvier, c’est à la tête du CAPEDS – Centre d’Accueil pour la Protection de l’Enfance en Détresse Sociale – qu’elle poursuit son œuvre avec une solennité empreinte de tendresse. « Je vis avec ces enfants en pensée, même en dehors du centre », confie-t-elle, la voix vibrante d’une maternité symbolique mais viscéralement réelle. Ce lien viscéral est la clef de voûte d’un projet bien plus vaste : restaurer la dignité, rendre l’enfance à ceux à qui elle a été volée.
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Aujourd’hui, 58 enfants, âgés de 4 mois à 18 ans, trouvent au CAPEDS non seulement un toit, mais un tremplin. Ici, on ne se contente pas d’abriter, on élève. L’école y est un droit, l’accompagnement un devoir, l’épanouissement une exigence. Les ateliers d’artisanat – babouches, bracelets, petits métiers – sont autant d’antichambres vers l’autonomie. Les activités culturelles et éducatives sont pensées comme des antidotes au trauma, des passerelles vers la résilience.
Le CAPEDS ne se contente pas de répondre à une urgence : il anticipe, il structure, il guérit. Cette œuvre titanesque repose sur une architecture humaine et institutionnelle d’une précision impressionnante. Le centre, inauguré officiellement en septembre 2000 après avoir accueilli ses six premiers pensionnaires dès 1998, fonctionne comme un organisme vivant, articulé autour de trois poumons : la direction, les services techniques et les services d’appui.
La direction, épicentre décisionnel, veille à l’encadrement global, à la bonne conduite des procédures d’adoption, d’insertion et de réinsertion sociale. Elle est le gouvernail, la boussole et le cœur. Les cinq services techniques qui en dépendent sont autant de piliers :
– Le service de l’action éducative, sanctuaire de l’instruction et de l’encadrement scolaire ;
– Le service social, trait d’union entre les enfants et le monde extérieur, interface avec les familles, les juges, les structures partenaires ;
– Le service administratif et financier, garant de la stabilité structurelle et de la pérennité des ressources ;
– Le service de santé, rempart contre les défaillances corporelles, veillant à ce que chaque enfant grandisse dans un corps soigné ;
– Le service d’aide psychologique, havre indispensable pour réparer les âmes brisées, pour apprendre à parler ce qui a été tu.
À cela s’ajoutent trois services d’appui tout aussi essentiels :
– Le service intendance, qui garantit que les besoins matériels ne soient jamais un frein à la dignité ;
– Le service courrier, véritable colonne vertébrale de la communication administrative ;
– Le service communication, vigie de la visibilité, porte-voix des luttes et des réussites du centre.
Mais aucun service, si compétent soit-il, ne peut agir sans une vision. Et c’est là que Rosette Oboe Nze épouse Nguema imprime sa marque : par une écoute permanente, une foi indéfectible en l’enfance, et une volonté de faire du CAPEDS un modèle de gouvernance sociale.
L’appui de partenaires comme l’ONG Ma Bannière ou le Groupe ARISE vient renforcer cette dynamique
Leur présence logistique et humaine, constante et précieuse, permet de démultiplier l’impact. Mais au-delà du quotidien, ce centre est aussi un poste d’observation lucide sur la condition des femmes rurales, souvent seules, souvent oubliées, qui affrontent la précarité avec une dignité muette. Le combat de Rosette est aussi le leur.
Au CAPEDS, chaque sourire d’enfant retrouvé est une victoire contre l’abandon. Chaque cahier ouvert est une revanche sur la fatalité. Chaque bracelet tressé est une promesse d’avenir. Car ici, l’enfance n’est pas une tragédie à consoler. Elle est un potentiel à révéler.
Et dans ce sanctuaire où les silences ont parfois plus de poids que les mots, une vérité s’impose avec la clarté des évidences : les enfants du CAPEDS ne sont pas des laissés-pour-compte, ce sont des bâtisseurs de demain, des étoiles en dormance qu’il suffit d’éclairer.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire










































