Depuis la diffusion, le 28 mars dernier, de la répartition de la subvention d’aide à la presse privée gabonaise par le Trésor public, sur décision du ministre de la Communication et des Médias Laurence Ndong, un vent de contestation souffle sur la corporation. Plusieurs patrons de presse, outrés par la méthode et les critères appliqués, envisagent désormais une action en justice contre celle qui, en principe, devait garantir l’équité et la transparence. Un tournant inédit dans l’histoire de cette allocation étatique.
Cette tempête médiatique prend racine dans une gestion qualifiée d’opaque, contrastant avec la tradition instaurée sous le président feu Omar Bongo Ondimba. Jamais auparavant cette manne financière, destinée à soutenir les organes de presse privés, n’avait suscité autant de remous. Sous le magistère de Laurence Ndong, les eaux de la confiance se sont troublées, et l’encre de la discorde a coulé abondamment.
Dès le départ, les critères de sélection – annoncés avec solennité – ont semblé rigides, presque inaccessibles. Puis, à la surprise générale, un assouplissement de dernière minute a brouillé les repères. Une audience avec le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, fut même convoquée pour calmer les tensions. Mais le mal était fait : la marmite avait été posée au centre du village, et chacun voulait savoir qui l’avait remplie, et surtout, qui en avait tiré la meilleure part.
L’irritation s’est intensifiée lorsque la subvention fut versée à la veille de l’ouverture de la campagne électorale. Un hasard bien commode, que d’aucuns ont interprété comme une tentative de récupération politique. À cette étrangeté s’ajoute une autre : l’opacité des montants alloués à chaque organe et l’identité floue des bénéficiaires. Des médias remplissant tous les critères ont reçu moins que d’autres, sans explication. Certains évoquent des écarts allant de 4 à 6 millions de FCFA. Quels barèmes ont donc prévalu ? Mystère.
Autre point de crispation : les 10 % du montant global réservés à la commission de répartition. Comment justifier une telle ponction alors que les membres de ladite commission, pour la plupart agents du ministère, perçoivent déjà un salaire public ? Les responsables de presse dénoncent une double rémunération masquée et réclament une gestion plus rigoureuse et équitable de ces fonds.
À cela s’ajoute l’invitation – jugée unilatérale – d’organismes internationaux à siéger dans cette commission, sans concertation avec les premiers concernés. Leur présence, ni justifiée ni effective lors des délibérations, suscite interrogations et incompréhensions. Pour les professionnels, cette subvention relevant du budget national, seuls les organes de l’État gabonais devraient être impliqués dans sa distribution.
Enfin, il convient de rappeler que l’augmentation de la subvention de 150 à 500 millions de FCFA fut une revendication portée par les journalistes eux-mêmes, bien avant la nomination de Laurence Ndong. Se l’approprier tout en entretenant une gestion nébuleuse revient, pour beaucoup, à trahir l’esprit même de cette aide.
Face à cette accumulation de griefs, plusieurs responsables de la presse privée ont décidé de saisir la justice. Leur objectif : exiger des comptes et rétablir la lumière là où l’ombre a trop longtemps régné.


























