Les élections nationales, dont les résultats continuent d’être compilés, préfigurent la fin d’une époque pour le Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud prouvant un tournant majeur. Ce parti, au pouvoir depuis l’ère de Nelson Mandela en 1994, semble voué à perdre sa majorité absolue à l’Assemblée nationale pour la première fois depuis la fin de l’apartheid. Avec 67,69 % des bureaux de vote comptabilisés, l’ANC n’a rassemblé que 41,78 % des voix au niveau national. Les projections actuelles estiment que ce pourcentage pourrait difficilement dépasser les 45 %, un effondrement par rapport aux 57,5 % obtenus en 2019.
La fin de règne de l’ANC est exacerbée par la percée significative des partis populistes, notamment celui de l’ancien président Jacob Zuma, uMkhonto we Sizwe (MK). Cette formation, inexistante il y a encore quelques mois, pourrait devenir la troisième force politique du pays et la première dans la province du Kwazulu-Natal, avec 44,9 % des voix dans cette région. Même dans des bastions historiques de l’ANC comme Soweto, le MK s’impose, réduisant l’ANC à 49 % des suffrages contre 73 % en 2019.
L’ampleur de cette défaite s’explique en partie par une situation économique et sociale dégradée : coupures d’électricité, approvisionnement en eau en déclin, chômage élevé et criminalité persistante. Mavuso Msimang, vice-président de la ligue des vétérans de l’ANC, souligne que les électeurs ont sanctionné la gestion perçue comme inefficace et la lutte insuffisante contre la corruption.
Le retour de Jacob Zuma au centre de la vie politique sud-africaine a surpris. Accusé d’avoir amplifié la corruption durant son mandat (2009-2018), Zuma a rejoint le MK en décembre 2023, trois mois après sa création, avec pour objectif de renverser l’ANC. Richard Calland, analyste politique, qualifie la performance de ce parti de « stupéfiante », révélant une mobilisation des électeurs désenchantés par les promesses non tenues de l’ANC.

L’ascension du MK, caractérisée par une composante nationaliste zoulou, inquiète. Richard Calland précise que Zuma a su rallier les supporteurs se sentant abandonnés par l’establishment, utilisant une rhétorique populiste semblable à celle de leaders controversés comme Donald Trump.
Face à cette débâcle aux allures de la fin d’une époque, l’ANC doit envisager des alliances pour rester au pouvoir. Si le parti dépasse les 45 %, il pourrait s’allier avec de petites formations. Sinon, il devra négocier avec des opposants majeurs, ouvrant deux scénarios radicalement différents : une coalition avec l’Alliance démocratique de centre-droit ou avec des partis populistes comme les Combattants pour la liberté économique (EFF) et le MK, ce qui pourrait inquiéter les investisseurs.
L’issue de cette élection marque potentiellement la fin d’une ère et le début d’une réorganisation politique inévitable en Afrique du Sud. Le déclin de l’ANC symbolise la désillusion croissante des électeurs et le besoin urgent de renouvellement politique pour répondre aux défis économiques et sociaux du pays.







































