Dans une lettre ouverte parue à la Rédaction de Gabon Mail Infos, Virginie Mounanga, fille de Gaston Mozogo, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, et de Monique Mozogo, première orthophoniste gabonaise, s’adresse au président de la Transition, Brice Oligui Nguema, pour solliciter la réparation de l’injustice dont sa mère serait victime malgré une vie de sacrifices pour le Gabon. Lecture!
Excellence, Monsieur le Président de la Transition,
Le Général de Brigade,
Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema,
Je suis plus à l’aise à l’usage de la plume pour vous exprimer mon ressenti qu’à la production d’une vidéo avec mon image,
Je vous le demande en tant que citoyenne gabonaise, en tant que sœur, souffrez Excellence, de me lire quelques minutes,
Le message est pour le combat de ma mère,
J’ai décidé de sortir du silence dans lequel je me suis inscrite volontairement, par sagesse mais aussi par respect pour Votre fonction,
Par respect pour le coup « libérateur » tant attendu pour chaque gabonais et gabonaise qui rêvaient d’un Gabon nouveau.
Par respect pour Votre dévouement, j’ai accepté de me taire face aux calomnies, propos dégradants, atteinte à mon image et menaces provenant de vos collaborateurs directs.
Par respect du pouvoir que Dieu vous a donné parce que tout pouvoir vient de Dieu, j’ai accepté de me taire au regard des nombreuses largesses accordées aux anciens du PDG quand nos partis politiques ont été réduits au silence,
Pour me reconstruire, face aux nombreuses injustices, j’ai accepté de vivre aujourd’hui à 6000 kilomètres de mon pays,
Par respect pour la mémoire de mon père, Feu GASTON MOZOGO OVONO,
Ancien Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique,
Ancien Haut Commissaire aux Mines,
Ancien Président Fondateur du parti Le Moddern
Ancien Rapporteur des partis de l’opposition lors des accords de Paris,
Ancien footballeur international,
Ancien Président de la Fegafoot,
Pour lui, j’ai choisi le silence pour honorer sa mémoire, ses luttes, ses combats,
J’ai préféré ne plus me plaindre sur les persécutions qui étaient miennes et suivre son exemple, se taire et laisser le silence faire échos.
Oui mon père a lutté pour la démocratie de ce pays: c’était son rêve de voir un GABON nouveau au détriment de sa propre vie.
Il meurt un 10 décembre 2012, sans honneur digne de son combat pour la démocratie, après 7 Accidents vasculaires cérébrales (AVC)…
Sans qu’un seul des Amphithéâtres qu’il a jadis fait bâtir à l’Université Omar Bongo (et d’ailleurs les seuls bâtis à ce jour) ne porte son nom à titre posthume.
Pas une seule grève, pas une seule fermeture de l’université ! C’était son devoir en tant que Père. Et quand ça n’allait pas, son bureau restait ouvert aux étudiants jusqu’à des heures tardives…
Monsieur le Président de la Transition,
Nous sommes de la même génération, lorsque vous étiez étudiant à l’Université de Masuku à Franceville, mon père a dû être Votre Ministre (sauf erreur de ma part), je ne vous apprends donc rien sur son histoire et de la force qu’il incarnait quand il voulait bouger les lignes !
Aujourd’hui, il ne me reste que MA MÈRE, Monique MOZOGO.
Il y a quelques jours encore, je lisais une publication où vous faisiez honneur à la Vôtre, lors de la fête qui leur est dédiée. Vous savez donc parfaitement ce que représente une mère dans le cœur d’un enfant.
Monique MOZOGO OVONO , née AKELE OBIANG, est la PREMIÈRE ORTHOPHONISTE DU GABON.
Diplômée de la faculté de médecine de Pierre et Marie Curie à Paris VI.
En 1993, elle fonde le PREMIER Centre de Rééducation Mot à Mot et inspirera bon nombre de compatriotes sur cette voie.
En 1996, Monique MOZOGO travaille au côté de Feu Edith Lucie BONGO sur le projet de création de la Fondation Horizons Nouveaux et conduira le Centre Neuro Psychopédagogiques avec brio pendant plusieurs années avant de reprendre ses activités au Centre de rééducation Mot à Mot et ce jusqu’à ce jour malgré son âge avancé (73 ans), elle continue d’assurer la prise en charge des enfants en situation de handicap.
Voilà plus de 30 ans que le centre a accueilli plus de 3000 enfants gabonais.
Certains sont adultes, d’autres ont fait des efforts incommensurables à l’amélioration de leurs sens cognitifs grâce à une prise en charge adaptée. Les témoignages sont nombreux.
Monsieur Le Président de la Transition,
Avec tout le respect que je vous dois,
Comment pourriez-vous expliquer qu’une femme d’une telle valeur,
Qu’une femme qui a donné toute sa vie pour accompagner les enfants en situation de handicap,
Une femme qui a sacrifié sa vie pour les enfants de notre Nation,
Une femme Monique MOZOGO qui fait honneur à notre pays à l’international par sa compétence exceptionnelle,
Une femme qui est un modèle extraordinaire de résilience, d’abnégation, de combativité et surtout d’amour pour son prochain, se retrouve encore à quémander la reconnaissance d’utilité publique après 30 ans d’existence ?
Comment expliquer que la convention avec la CNAMGS ne soit toujours pas renouvelée alors que l’année éducative tire à sa fin ? Savez-vous combien de familles sont pénalisées par cette léthargie administrative ?
Finalement pourquoi avoir combattu l’équipe sortante qui reconnaissait les efforts des structures comme la nôtre…?
Comment comprendre qu’elle ne soit même pas conviée au forum national de l’autisme en tant que DOYENNE dans ce domaine ?
A quel moment parle t-on de la réelle restauration de la dignité de la femme gabonaise, si l’on n’est pas capable d’honorer une femme, Monique MOZOGO, qui a donné toute sa vie pour les enfants ? …
Monique MOZOGO aurait pu choisir d’exercer ailleurs avec son expertise et ses réseaux dans le corps médical en France,
Et oui, il lui a fallu du courage, après avoir eu 5 enfants de reprendre ses études d’orthophonie à Paris dans les années 80, avec les enfants que nous étions,
J’avais 7 ans, que je la voyais réviser les cours d’anatomie de médecine jusqu’à 5 heures du matin, enchaîner café sur café, se battre pour rattraper les métros, lutter contre les hivers, suivre les cours avec des étudiants qui étaient beaucoup plus jeunes qu’elle et contre vents et marées s’assurer que nos devoirs étaient faits et que nous étions en bonne santé même si elle n’avait malheureusement pas beaucoup de temps à nous consacrer! C’était le sacrifice pour la réussite!
Monique MOZOGO a résisté et est ressortie diplômée d’une des plus grandes universités de médecine de France !
Après cela, il fallait s’armer de persévérance pour revenir au Gabon, faire connaître son métier, s’engager à accompagner des familles désespérées qui ne comprenaient pas le sens du mot handicap à cette époque,
Il fallait de la patience dans son cœur, de la méthodologie et de la rigueur pour expliquer avec les mots justes à cette frange de la population, qu’il ne s’agissait pas de sorcellerie mais de pathologie médicale,
De faire comprendre aujourd’hui que l’autisme n’est pas un mythe ou transmissible mais génétique,
D’expliquer qu’un trouble du langage n’est pas irréversible ou qu’un enfant autiste peut se relever un véritable petit génie tel Mark Zuckerberg (autiste asperger) ou Steve Jobs (fondateur de Apple),
Qu’un porteur de handicap n’est pas une malédiction pour une famille ou un mauvais sort d’un oncle sorcier… mais un enfant différent qui a besoin d’affection, d’amour et d’une prise en charge spécialisée,
Il y a tant d’exemples que j’en oublie mon latin…
J’ai le cœur en peine,
Ni votre première épouse,
Ni Vous-même n’aviez répondu à ses nombreuses demandes d’audience qui ont été soumises à Vos collaborateurs…. quand nous faisons le constat que certaines personnes qui s’expriment au travers de vidéos virales, sont reçues en grande pompe, comme si on construisait le pays uniquement avec les réseaux sociaux.
Attention, je n’ai rien contre eux. Bien au contraire, je loue leur courage et détermination…. Il ont des raisons de le faire et je respecte leur positionnement.
C’est aussi cela la démocratie, accepter la critique et les différences.
Mais au-delà du virtuel et du cyber espace, il y a le réel.
Au delà des dénonciations que je respecte, il y a ceux qui travaillent avec acharnement depuis tant d’années,
Il y a ceux qui ont supporté le GABON DU PDG et leurs brimades pendant des années en gardant le silence, la patience et l’espoir comme seules armes, comme Vous-mêmes d’ailleurs,
Oui mon très Cher Président, pendant toutes ces années, il y avait aussi des personnes qui se sont engagées pour le pays et faire contre mauvaise fortune bon cœur,
Parce qu’il fallait participer au développement du pays,
Parce qu’il fallait aider les plus démunis,
Soutenir les plus vulnérables,
Être aux côté de ceux qui n’ont pas de voix,
Ceux qui n’ont plus espoir,
Ce qui le fait réagir c’est ce manque criard de reconnaissance de ceux qui ont travaillé et se sont engagés pendant des années durant, avec un seul cœur, une seule ambition: aider leur prochain. Quel combat noble de se lever pour accompagner des enfants, des familles qui ne demandent rien d’autre qu’on leur tende la main.
Nous ses enfants,
Nous connaissons son combat depuis notre enfance,
Nous connaissons ses nuits blanches et voilà la belle reconnaissance.
A son âge, on la trimballe de bureau en bureau pour renouveler son contrat à la CNMAGS, qui aide pourtant les gabonais économiquement faibles. Toujours sans suite jusqu’à ce jour,
On la traine de bureau en bureau pour la reconnaissance d’utilité publique, toujours sans suite… jusqu’à quand ?
Accepteriez-vous que l’on traite votre mère de cette manière à cet âge ? Connaissant votre sens de l’empathie, je ne pense …
Comme un enfant aussi, je ne peux continuer à rester muette face à sa souffrance et cette injustice.
Sa douleur je la ressens en mon seing parce qu’elle m’a portée,
Même quand elle ne parle pas, je sais lire sa tristesse sur son visage,
Même quand elle s’efforce de sourire et nous montrer par un rictus que tout va bien, je peux savoir si elle se force à nous montrer que tout va bien alors qu’au plus profond d’elle, son cœur saigne.
Très cher Président de la Transition,
Très cher Aîné,
Permettez-moi juste de poser ces quelques questions ?
Que direz-vous à la diaspora à Paris dans quelques heures ?
De revenir travailler au GABON quand mes parents ont fait ce choix de quitter l’étranger pour servir le pays,
De revenir travailler à Libreville alors que ceux qui ont travaillé avec acharnement depuis tant d’années sont traités avec si peu de considération ?
De revenir travailler au GABON quand bon nombre de nos compatriotes bien que diplômés sont inscrits au chômage à durée indéterminée, faute de bras longs ou de production de vidéo ?
Il n’y aurait donc pas de place pour eux dans l’écosystème local ?
A quel moment restaure t-on finalement la dignité de chaque gabonais et chaque gabonaise ?
En fin de compte, pourquoi anéantir tout le travail de ma mère qui s’est évertuée à mettre en place un programme aux bénéfices des gabonais et gabonaises ?
Que cherche-t-on à détruire?
Que veut-on démontrer ?
Pourquoi refuse t-on la reconnaissance de l’utilité publique de son centre pour qu’elle puisse enfin se reposer et penser à sa santé?
Il y a visiblement une partie du chapitre que nous ne maîtrisons pas,
Mais pour ma mère, je me battrai jusqu’au bout,
On a qu’une mère,
On a qu’une vie,
J’ose espérer que je ne recevrai pas une fois de plus des menaces, parce qu’il me faut soutenir coûte que coûte, celle qui m’a donné la vie et à qui je dois tout aujourd’hui,
Sans ma mère, je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui et pour rien au monde, je ne laisserai son cœur en peine,
La Bible déclare dans le livre d’Exode verset 20 chap. 12, « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne. »
Que Seule la volonté de Dieu s’accomplisse et touche Votre cœur.
Profond respect Monsieur le Président de la Transition.
Que Dieu vous bénisse et bénisse le GABON.
Je vous remercie.
Virginie AKELE MOZOGO Ep. MOUNANGA
Entrepreneure dans le digital
Leader de parti politique
Fait à Paris, le 1er Juin 2024


























