À Lambaréné, la lumière n’est plus un droit, mais une faveur. Elle surgit comme une apparition, puis disparaît sans prévenir, laissant derrière elle un cortège de bougies, de groupes électrogènes et de soupirs résignés. Les habitants ne comptent plus les heures passées dans le noir ; ils comptent plutôt les rares instants où l’électricité daigne rester. Et ces moments, paradoxalement, surprennent plus qu’ils ne rassurent.
Les causes sont connues, rabâchées, presque devenues des refrains : infrastructures vétustes, croissance démographique, poteaux renversés par des véhicules imprudents. Mais derrière ces explications techniques se cache une vérité plus amère : l’absence totale de visibilité. Pas de programme officiel, pas de chronogramme, pas même une annonce. Les délestages tombent comme la pluie en saison humide, imprévisibles et inévitables.
Dans le 2ᵉ arrondissement, les habitants dénoncent une opacité qui frise l’ironie. « On a l’impression qu’il y a des magouilles », lâche T. F. Biyé, excédé. Certains quartiers restent dans la lumière, d’autres s’enfoncent dans l’obscurité. Le hasard, ou peut-être la main invisible d’arrangements douteux ? La suspicion grandit, nourrie par le silence de dame SEEG.
Le problème dépasse les foyers. L’hôpital Georges-Rawiri, censé être un sanctuaire de vie, dépend presque en permanence de son groupe électrogène. Une machine qui ronronne comme un cœur artificiel, mais dont la moindre défaillance pourrait transformer l’espoir en drame. Comment accepter que la santé publique soit suspendue au caprice d’un moteur de secours ?
Ce qui se joue à Lambaréné n’est pas un cas isolé. C’est le miroir d’un mal énergétique national, une épine plantée dans le pied des nouvelles autorités. Comment bâtir un pays moderne quand l’électricité, socle de toute activité, se comporte comme une ombre capricieuse ? Les citoyens n’attendent pas des miracles, mais au moins de la transparence et un dialogue sincère.
Lambaréné crie dans le noir, mais son cri résonne bien au-delà. Le problème énergétique n’est pas seulement une panne technique : c’est une fracture sociale et politique, une satire vivante d’un pays qui aspire à la modernité mais trébuche sur ses câbles. Les autorités sont désormais face à un dilemme : continuer à improviser ou enfin éclairer la nation, au sens propre comme au figuré.

























