Le 18 septembre 2024, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) a tenu une communication spéciale pour dénoncer avec force le projet de constitution soumis à l’examen du Parlement de la Transition. Dirigée par son président, Vincent Moulingui Bokosso, la CNR s’inquiète de l’impact de ce texte sur l’unité nationale et la stabilité institutionnelle du Gabon.
Le président Moulingui Bokosso a ouvert son discours en rappelant que le référendum à venir doit se concentrer exclusivement sur l’adoption de la nouvelle constitution et non sur le soutien ou le rejet des actions du Comité pour la Transition et la restauration des institutions (CTRI) ou de son président, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. La CNR dénonce ce qu’elle qualifie de « précampagne illégale » visant à transformer le vote en un plébiscite en faveur ou contre le chef de la Transition.
La Constitution, fondement de l’identité nationale
Pour la CNR, « la Constitution est l’acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de son ordre social. » Ce passage essentiel souligne que la Constitution n’est pas un simple texte législatif, mais un pilier garantissant les libertés fondamentales et la protection des droits des citoyens. Selon la coalition, une constitution doit définir clairement la forme de l’État, le régime politique choisi par le peuple et garantir la séparation des pouvoirs.
Or, le projet en question, qualifié de « constitution transgenre », s’écarte des régimes classiques (présidentiel, parlementaire ou semi-présidentiel), ce qui soulève des inquiétudes profondes. Ce texte hybride renfermerait plusieurs « curiosités juridiques », selon la CNR, ce qui conduit à une question fondamentale : les rédacteurs du projet ont-ils vraiment pris en compte l’intérêt général du peuple gabonais ? La formulation même de cette question trahit la suspicion que ce texte sert davantage des intérêts spécifiques que ceux de la nation tout entière.
Onze incongruités relevées
La CNR a identifié onze points majeurs d’incohérence dans le projet de constitution. L’un des points les plus préoccupants concerne la mission de l’Assemblée constituante, qui, selon la CNR, « ne saurait être réduite à un simple organe consultatif » mais doit être un véritable acteur de la rédaction de la constitution. Cette réduction de son rôle à une simple consultation compromet, selon le président Bokosso, la crédibilité et la légitimité du processus constitutionnel.
La CNR pointe également du doigt la « concentration des pouvoirs » entre les mains du président de la République, qui pourrait affaiblir les contre-pouvoirs que sont le Parlement et la justice. Dans ce système, « le Président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale, alors que celle-ci ne peut pas le destituer », renforçant ainsi un hyper-présidentialisme que la coalition qualifie de dangereux.
Un autre argument majeur concerne la catégorisation des citoyens gabonais. Le projet introduit une distinction discriminatoire entre les Gabonais selon leurs origines, créant ainsi des catégories de « Gabonais entiers » et de « demi-Gabonais ». Pour la CNR, cette disposition briserait l’unité nationale et affaiblirait le sentiment d’appartenance à une même nation. « Dire que le candidat à l’élection présidentielle doit être Gabonais né de père et de mère gabonais revient à profaner la mémoire des pères fondateurs de la nation. »
Des appels à la responsabilité
Dans sa conclusion, la CNR exhorte les autorités à faire preuve de patriotisme et de responsabilité. Pour la coalition, une constitution doit être « intemporelle, impersonnelle et non discriminatoire », dépassant ainsi les intérêts individuels et les calculs politiciens. En prenant à témoin l’opinion publique nationale et internationale, Vincent Moulingui Bokosso appelle à un sursaut de conscience pour éviter que le Gabon ne retombe dans des schémas politiques passés, marqués par la surpuissance d’un seul homme et l’affaiblissement des institutions.











































