Des centaines de partisans habillés en rouge ont envahi les rues de KuGumpo mercredi 15 avril 2026 pour soutenir Julius Malema, chef de l’Economic Freedom Fighters, avant le prononcé de sa peine pour port et usage illégal d’arme à feu. L’État réclame la peine maximale de quinze ans d’emprisonnement. Une affaire qui dépasse largement les tribunaux pour devenir un enjeu politique national et international.
Une foule de partisans habillés en rouge envahit KuGumpo
La ville de KuGumpo, dans l’est de l’Afrique du Sud, anciennement connue sous le nom d’East London, a été le théâtre d’une démonstration de force militante ce mercredi. Des centaines de membres et sympathisants de l’Economic Freedom Fighters (EFF), reconnaissables à leur tenue rouge caractéristique, ont convergé vers le palais de justice pour exprimer leur soutien à leur leader.
La police a été déployée en nombre considérable pour encadrer le rassemblement, alors que les partisans défilaient pacifiquement en direction du tribunal, où les plaidoiries finales et le verdict sur la peine étaient attendus pour le lendemain, jeudi 17 avril.
Un coup de feu tiré en 2018 au cœur du dossier judiciaire
Julius Malema a été reconnu coupable en octobre 2024 d’avoir enfreint la législation sud-africaine sur les armes à feu. Les faits remontent à 2018, lors d’une célébration organisée par l’EFF à proximité de KuGumpo, au cours de laquelle il avait tiré en l’air avec un fusil d’assaut devant ses partisans.
Le parquet réclame aujourd’hui la peine maximale prévue par la loi, soit quinze ans d’emprisonnement. Une sanction que l’EFF juge disproportionnée et politiquement motivée. Le parti affirme sans ambiguïté que cette procédure judiciaire vise à neutraliser son leader, réputé pour ses prises de parole fracassantes et sa capacité à mobiliser les masses populaires.
AfriForum, le groupe d’extrême droite à l’origine des poursuites
Ce n’est pas le parquet qui a initié cette affaire, mais AfriForum, une organisation sud-africaine d’extrême droite se présentant comme défenseur des droits de la minorité afrikaner blanche. Ce groupe entretient depuis longtemps une hostilité déclarée envers Julius Malema, qu’il accuse notamment de propager des discours incitant à la violence contre les fermiers blancs du pays.
AfriForum a également porté ses griefs sur la scène internationale en attirant l’attention du président américain Donald Trump sur l’utilisation par Malema du slogan historique « Kill the Boer », issu de la lutte anti-apartheid. Ce terme, qui désigne la population blanche afrikaner, est au cœur d’une controverse persistante en Afrique du Sud.
Trump, le slogan « Kill the Boer » et la pression internationale
En mai dernier, lors d’un entretien à la Maison Blanche avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa, Donald Trump avait diffusé des extraits vidéo montrant Malema entonner ce slogan lors de rassemblements. Le dirigeant américain en avait profité pour réitérer des allégations non étayées concernant une prétendue campagne organisée de violences contre les agriculteurs blancs en Afrique du Sud.
Ces déclarations ont ravivé les tensions diplomatiques entre Pretoria et Washington, tout en offrant à l’affaire Malema une résonance mondiale qu’elle n’aurait jamais atteinte dans un cadre strictement judiciaire.
La justice sud-africaine dit non à la qualification de discours de haine
Sur le plan juridique, les tribunaux sud-africains ont jusqu’ici refusé de qualifier le slogan « Kill the Boer » de discours de haine. Ils ont rappelé qu’il convenait d’inscrire cette expression dans son contexte historique, celui de la résistance au régime d’apartheid qui a officiellement pris fin en 1994.
Cette position jurisprudentielle n’a toutefois pas apaisé les tensions. Pour AfriForum et ses alliés, elle symbolise l’impunité accordée à ceux qui, selon eux, attisent les divisions raciales dans un pays encore en pleine reconstruction identitaire.
La sentence de Julius Malema, attendue ce jeudi, pourrait redéfinir les équilibres politiques au sein d’une opposition radicale qui reste minoritaire mais particulièrement influente dans le débat public sud-africain.
Source : AFP — Publié le 16 avril 2026


























