Le Gabon traverse une période charnière. Alors que de nombreux pays africains cherchent à attirer les capitaux étrangers dans un contexte mondial tendu, marqué par la remontée des taux d’intérêt, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales et la concurrence accrue pour les investissements directs étrangers, Libreville semble envoyer des signaux contradictoires à la communauté internationale avec une série d’arrestations arbitraires depuis un moment. L’arrestation sans convocation préalable d’Alain-Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre et président du parti d’opposition Ensemble pour le Gabon (EPG), constitue un précédent historique : jamais, depuis l’avènement du multipartisme au Gabon, un ancien chef de gouvernement n’avait été mis en garde à vue de cette façon.
Journalistes, syndicalistes, opposants : une spirale inquiétante
Cette arrestation s’inscrit dans une série de mises en détention qui interpellent. Harold Leckat, journaliste, a été arrêté le 15 octobre à l’aéroport de Libreville à son retour d’une formation en France, par la Direction générale des recherches (DGR). Roland Olouba Oyabi et son jeune confrère Randy Louba ont été interpellés le 15 janvier 2026 alors qu’ils se rendaient à la couverture d’un événement à Owendo, cette fois par la Direction générale de la contre-ingérence et de la sécurité militaire (DGISM). Les syndicalistes Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ont, eux, été placés sous mandat le 21 janvier 2026. Des arrestations opérées dans l’exercice même de leurs fonctions, sans que la justice ordinaire soit systématiquement saisie en amont.
Ce tableau rappelle des dynamiques observées dans d’autres pays en gouvernés par des militaires, comme le Niger ou le Mali post-coup d’État, où la répression des voix critiques a fini par isoler diplomatiquement les régimes concernés et par décourager les partenaires économiques.
Risque-pays : quand la justice devient une variable d’incertitude
Pour un investisseur étranger, la prévisibilité du cadre juridique est une condition non négociable. Les arrestations arbitraires, c’est-à-dire sans mandat du procureur, dans un pays classé parmi les économies fragiles de la zone CEMAC, alimentent la perception d’un risque-pays élevé. Un contentieux commercial mal géré pourrait-il conduire à la même mésaventure qu’un opposant ou un journaliste ? La question est légitime et elle circule déjà dans les milieux d’affaires. Les autorités gabonaises gagneraient à renforcer les garanties procédurales, à rendre les institutions judiciaires indépendantes et visibles dans chaque arrestation, et à communiquer clairement sur le cadre légal qui encadre ces procédures.
Ce que les Gabonais attendent vraiment
Au-delà des enjeux géopolitiques, c’est la population gabonaise qui demeure la première concernée. Eau potable, électricité fiable, emplois pour les jeunes, infrastructures routières, logements accessibles et pouvoir d’achat : telles sont les urgences quotidiennes que les citoyens ont placées au cœur de leur soutien au président Oligui Nguema, plébiscité à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Les autorités doivent entendre cet appel. Consacrer l’énergie institutionnelle à des arrestations perçues comme arbitraires, suspendre les réseaux sociaux ou museler la société civile, c’est dilapider le capital de confiance acquis lors de cette élection. Les gouvernants ont tout à gagner à orienter leurs priorités vers des résultats concrets, mesurables et ressentis par les ménages.
Vers une gouvernance apaisée et crédible
La Cinquième République gabonaise peut encore réussir. Mais elle ne le fera qu’en conjuguant sécurité et libertés, fermeté et état de droit. Les arrestations sans mandat affaiblissent davantage le chef de l’État qu’elles ne le protègent. Renforcer les institutions, garantir la liberté de la presse, respecter les droits syndicaux et améliorer le quotidien des Gabonais : voilà la feuille de route qui permettrait au Gabon de retrouver sa place comme destination fiable en Afrique centrale.


























