La Vᵉ République gabonaise s’ouvre sur une dissonance majeure. En nommant Henri-Claude Oyima ministre d’État en charge de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, le gouvernement a certes choisi l’expertise, mais au prix d’une équation éthique redoutable. Car l’homme, qui règne sans partage depuis plus de quarante ans à la tête de BGFIBank, refuse de déposer les clés de son empire bancaire. Ainsi, au mépris du principe cardinal de non-cumul, M. Oyima s’installerait-il simultanément aux manettes de la haute finance publique et du premier groupe bancaire privé du pays?
L’annonce, relayée sans détour par un communiqué de BGFIBank, glorifie un « parcours exemplaire » et salue un « engagement inaltérable » au service du Gabon. Mais derrière les louanges se dissimule un clair maintien aux commandes : le PDG Henri-Claude Oyima demeure en fonction. Le message est limpide : on veut conjuguer les casquettes, fusionner les sphères, lier le coffre-fort public aux intérêts d’un acteur privé. Une telle confusion des genres ouvre un gouffre, celui du conflit d’intérêts.
À l’heure où le pays prône la refondation et la transparence, comment justifier qu’un même homme signe des arrêtés ministériels et des contrats bancaires ? Peut-on être à la fois l’arbitre et le joueur, le régulateur et le partenaire, sans que vacille l’exigence d’impartialité ? L’État doit-il se livrer pieds et poings liés à une gouvernance bicéphale ?
Ce silence des institutions, ce refus de trancher, jette une ombre sur les promesses de renouveau. Ni le gouvernement, ni la Présidence, ni la future Commission de transparence n’osent rappeler les règles du jeu. Et pourtant, dans d’autres conjonctures, la CNLCEI ou les bailleurs internationaux auraient levé la voix.
L’image d’un Gabon nouveau ne pourrait reposer sur des arrangements d’ancien régime. Dans la République en reconstruction, chaque symbole compte, chaque posture engage. L’ombre du doute, si elle persiste, pourrait étouffer l’élan de confiance. Car à vouloir tout diriger, on finit parfois par tout fragiliser.

























