Libreville, le 24 janvier 2026- Trois ans se sont écoulées depuis le coup d’État présenté comme une rupture salutaire. Trois années durant lesquelles l’argument de l’héritage empoisonné de l’ancien régime a servi de paravent commode à toutes les lenteurs, à toutes les hésitations, à toutes les insuffisances. Mais à force d’être invoquée, l’excuse s’est usée. Et aujourd’hui, elle craque de toutes parts.
C’est ce constat, sévère mais méthodique, qu’a formulé Alain Claude Bilié-By-Nze (ACBBN), ancien candidat à l’élection présidentielle de 2025, lors de la conférence de l’ACBBN tenue le 23 janvier 2026. Un propos qui tranche avec la rhétorique dominante et qui remet au centre une vérité simple : le temps politique a une limite, et la responsabilité finit toujours par changer de camp.
Car comment continuer à faire porter au passé l’entière charge du présent, quand, de manière délibérée, les mêmes hommes ont été maintenus aux postes névralgiques de la haute administration ? Gouverner avec les structures, les réflexes et parfois les intérêts d’hier, tout en prétendant incarner une ère nouvelle, relève moins de la transition que de la continuité masquée. On ne peut dénoncer un système sans le déconstruire, ni promettre la refondation tout en recyclant ses piliers.
Plus troublant encore, certaines réalités actuelles donnent à voir une gouvernance qui, sur plusieurs plans, apparaît désormais plus défaillante que celle qu’elle prétendait corriger. Retards, improvisations, communication erratique, absence de cap lisible : autant de maux qui ne peuvent plus être attribués à un régime déchu depuis trois ans. La comparaison, longtemps évitée, s’impose désormais d’elle-même, au grand désarroi des discours officiels.
Dans cette séquence, ACBBN pointe aussi une pathologie politique bien gabonaise : le zèle caméléon. Les mêmes voix qui louent aujourd’hui la moindre décision sauront, le moment venu, retourner leurs vestes avec une aisance déconcertante, comme elles l’ont fait hier. Le problème n’est pas tant la critique ou le soutien, mais leur caractère opportuniste, déconnecté de toute exigence de cohérence ou d’intérêt général.
Ce discours n’est ni une réhabilitation de l’ancien régime ni une condamnation définitive du pouvoir actuel. Il est un avertissement. La rupture ne se proclame pas : elle se prouve. Et plus le temps passe, plus la responsabilité de l’action, ou de l’inaction, incombe à ceux qui gouvernent.
Au Gabon, le peuple observe trois ans après. Il écoute moins les slogans et regarde davantage les résultats. Et comme le dit un vieux proverbe au Gabon, quand la pirogue continue de tourner en rond, ce n’est plus le courant d’hier qu’il faut accuser, mais le pagayeur d’aujourd’hui.


























