Le 19 janvier dernier, dans un climat social tendu marqué par la grève des enseignants, l’acteur de la société civile Marcel Libama était interpellé à l’aéroport international Léon Mba par les agents de la Direction générale des recherches (DGR). Libéré quelques jours plus tard, en même temps que son camarade Simon Ndong Edzo, l’ancien syndicaliste a livré un témoignage glaçant sur les réalités carcérales au Gabon. Ses révélations, loin d’être anecdotiques, mettent en lumière une cruauté institutionnelle qui interpelle directement les autorités de la République.
Parmi les scènes les plus marquantes de son incarcération, Marcel Libama évoque le cas de l’activiste Bob Mengome, alias « Matricule 212 ». Placé en détention préventive pour « trouble à l’ordre public » et « incitation à la haine », l’homme gisait au sol, incapable de respirer correctement. « Il me suppliait en disant : Ça ne va pas ! », rapporte Libama, visiblement bouleversé. Ce témoignage illustre la brutalité d’un système carcéral où la dignité humaine est reléguée au second plan.
L’ancien député de la Transition rappelle avec amertume que le Gabon s’est doté de textes contre la torture et les traitements dégradants. Pourtant, la réalité des cellules et des gardes à vue contredit ces engagements. « Ce qui m’agace, c’est que lorsque j’étais à l’Assemblée nationale, nous avons voté des lois sur les droits de l’homme », souligne-t-il, dénonçant l’écart abyssal entre les principes proclamés et leur application.
Au-delà des prisons, Libama décrit des pratiques humiliantes dès la garde à vue. « Vous êtes en slip, entouré de jeunes qui ont l’âge de vos petits-fils. Mais c’est dégradant ! », lance-t-il, révélant une mécanique de déshumanisation qui sape l’image d’un État censé protéger ses citoyens.
Le militant cite également l’ancien ministre du Pétrole, Vincent de Paul Massassa, resté trois ans derrière les barreaux sans voir sa famille, malgré des promesses officielles. Il évoque encore Xavier Ndong Ndong, incarcéré pour des faits qu’il juge infondés. « Tous ces gens-là n’ont rien à faire en prison ! », tranche Libama, dénonçant une justice qui semble parfois servir davantage la répression que l’équité.
Au-delà des cas individuels, c’est l’image du Gabon qui se trouve ternie. Comment un pays qui se proclame respectueux des droits humains peut-il tolérer que ses prisons deviennent des lieux de souffrance et d’humiliation ? Comment la République peut-elle rester sourde aux cris de ses propres fils, enfermés dans des conditions indignes ?
Marcel Libama, désormais libre, porte la voix de ceux qui n’ont plus la force de parler. Son témoignage est un appel à la conscience nationale, une interpellation directe au président de la République et aux autorités judiciaires. Car il ne s’agit pas seulement de sauver des vies, mais de sauver l’honneur du Gabon.


























