Sous le régime déchu d’Ali Bongo Ondimba, la presse gabonaise subissait une ségrégation systématique, où des médias mercenaires étaient créés pour attaquer ceux dont la ligne éditoriale ne s’alignait pas aux caprices du dictateur. Tous les moyens étaient mis en œuvre pour mener à bien cette sale besogne. Aujourd’hui, le nouveau régime, arrivé à la tête du Gabon après le coup d’État militaire du 30 août 2023, perpétue cette confusion en amalgamant journalistes et activistes.
Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) accuse ces deux catégories de propager un discours de tribalisme et de régionalisme, les plaçant sous la surveillance de la Police judiciaire et à quelques encablures des poursuites judiciaires pour incitation à la haine, comme stipulé dans le communiqué n°062 du 28 juin 2024. Cette position du CTRI appelle à une clarification urgente des rôles distincts des journalistes et des activistes pour maintenir une presse libre et indépendante au Gabon.
Le journaliste, en République gabonaise comme partout dans le monde, a pour mission de collecter, vérifier et rapporter des informations de manière objective. Il doit informer le public sans parti pris, respectant des standards éthiques stricts. Sa formation et son travail au sein d’une rédaction le placent sous la supervision du ministère de la Communication et des Médias et de la Haute autorité de la communication (HAC), assurant une régulation et une responsabilité institutionnelle.
En revanche, l’activiste s’engage pour défendre une cause spécifique, souvent de manière partisane. Contrairement au journaliste, l’activiste n’est pas tenu par une déontologie professionnelle et cherche à influencer l’opinion publique et les politiques en faveur de sa cause. Les activistes gabonais, actifs principalement sur les réseaux sociaux, n’ont pas besoin de formation formelle et leur langage est souvent plus tranchant, voire discourtois. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs reçu la palme d’or des nominations dès l’arrivée du CTRI, après avoir insulté les autorités déchues.
Face à l’impossibilité de contrôler certains activistes, les militaires au pouvoir les confondent insidieusement avec les journalistes, créant une situation grave et dangereuse. Assimiler les journalistes à des activistes entretient une confusion nuisible. Le journaliste, en tant que vigie de la société, rapporte des faits et non des opinions partisanes. Mettre le journaliste sur le même piédestal que l’activiste participe à entretenir cette confusion.
Le porte-parole du CTRI a affirmé que certains journalistes répandent « le venin mortel du régionalisme, de l’ethnocentrisme, et de la xénophobie ». Or, cette accusation ne correspond pas à la réalité de la presse gabonaise régulée par la HAC, qui veille à empêcher les appels à la haine. Dire que les journalistes cherchent à livrer d’autres citoyens à la vindicte populaire en raison de leur appartenance ethnique est contraire à l’éthique journalistique.
Le Colonel Ulrich Manfoumbi a annoncé que le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a ordonné à la Police judiciaire de surveiller de près la presse et les réseaux sociaux, et de saisir le parquet de la République en cas de discours de haine. Il a prévenu que « la plus grande rigueur de la loi devra s’abattre sur les auteurs de tels actes ». Cependant, le CTRI omet de mentionner que certains membres du gouvernement utilisent des activistes comme des journalistes, exacerbant ainsi la confusion.
L’amalgame entre journalistes et activistes menace la liberté de la presse, déjà mise à mal par les actions des militaires au pouvoir. Les journalistes, garants de l’information véridique et équilibrée, se voient confondus avec des militants engagés dans des causes partisanes, brouillant ainsi les frontières entre information et propagande. Cette violation flagrante de la liberté de la presse est une atteinte directe à la démocratie et aux droits fondamentaux des citoyens gabonais à une information libre et indépendante.
Il est crucial de rappeler que les journalistes, même indépendants, appartiennent souvent à des rédactions et suivent des démarches administratives rigoureuses. Leur rôle est de rapporter des faits, d’informer le public de manière objective, sans chercher à influencer les politiques ou les opinions. À l’inverse, les activistes, bien que légitimes dans leur engagement, n’ont pas cette obligation d’objectivité et de neutralité.
Il est donc impératif de distinguer clairement les rôles et responsabilités des journalistes et des activistes pour préserver la liberté de la presse au Gabon. Reporters sans frontières continue de surveiller la situation, soulignant l’importance d’une presse libre et indépendante pour la démocratie. La confusion entretenue par le CTRI entre journalistes et activistes risque de fragiliser la profession journalistique et de compromettre le droit à une information objective et fiable.
En amalgamant journalistes et activistes, le régime militaire actuel porte atteinte à la liberté de la presse et nuit à la démocratie gabonaise. Protégeons les journalistes et reconnaissons leur rôle crucial dans la société en les distinguant clairement des activistes. Ce faisant, nous préservons la qualité et l’intégrité de l’information, indispensables à une démocratie véritable et à une société éclairée.
Par Roland Olouba Oyabi,
Directeur de publication de Gabon Mail Infos, journaliste diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJL), de l’Université de Lille en France, référent digital certifié de l’Ecole 241 de Libreville, par ailleurs diplômé en management des organisations de l’Université de Johannesburg en Afrique du Sud.


























