Libreville, 23 juillet 2025 – Dans l’arène politique du Parti démocratique gabonais (PDG), c’est un combat fratricide qui se joue désormais, un duel entre camarades éclipsant toute complaisance. Alors que le parti feignait d’être soudé, la sortie spectaculaire d’Ali Bongo Ondimba, depuis l’étranger, a rompu cette trêve fragile. La mascarade d’unité s’est fissurée, et la bataille de légitimité s’est installée : qui tient vraiment les rênes du PDG aujourd’hui ?
Depuis le « coup de libération » d’août 2023 orchestré par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), l’ex‑président Ali Bongo s’était muré dans un silence politique, semblant se mettre en retrait de la vie publique. Cette mise en veille, interprétée comme une période d’introspection, avait favorisé la montée en puissance de certaines figures du PDG, à l’instar de Blaise Loumbé, qui, à travers une série d’initiatives publiques, s’était positionné comme le fer de lance d’une refondation du parti.
Mais cette dynamique vient d’être brutalement freinée. Dans une déclaration sans équivoque, Ali Bongo a affirmé avec force qu’il demeure le « candidat naturel » du PDG, tout en dénonçant l’illégitimité des actions entreprises par le clan Loumbé. Un désaveu cinglant pour l’ancien ministre des Finances et ex‑Trésorier Payeur Général, dont la tournée interprovinciale semblait annoncer une résurrection politique.
Du côté des partisans d’Ali Akbar Onanga et de Me Francis Nkea, la légitimité de l’aile Loumbé a toujours été contestée. Mais cette prise de parole d’Ali Bongo redonne des munitions à ce camp, qui voit dans cette réaffirmation de leadership une légitimation de ses critiques.
Le PDG, formation politique historiquement ancrée dans le paysage gabonais, demeure – jusqu’à preuve du contraire – la machine électorale la plus structurée et la plus implantée, aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger. Le nier relèverait d’une profonde méconnaissance du terrain politique. Toutefois, cette crise larvée de leadership pourrait déboucher sur un conflit ouvert, voire un éclatement de la formation.
Dans ce contexte, l’Union des Démocrates Bâtisseurs (UDB), nouveau véhicule politique du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, pourrait tirer habilement son épingle du jeu. Le flou qui entoure désormais le commandement du PDG laisse un vide stratégique que l’UDB pourrait combler, notamment en capitalisant sur la dynamique présidentielle post‑transition.
L’histoire politique gabonaise regorge d’exemples illustrant les conséquences des erreurs d’appréciation. En 1996, le boycott des législatives par Mba Abessolo, alors figure de l’opposition, avait ouvert une autoroute électorale au PDG. Ce précédent, bien que dans un contexte différent, résonne étrangement avec la situation actuelle. Une implosion du PDG pourrait ainsi offrir à l’UDB une opportunité inespérée de s’imposer comme la principale force politique du pays.
Au final, la sortie d’Ali Bongo pourrait bien constituer le catalyseur d’une recomposition en profondeur du paysage partisan gabonais. Entre guerre de succession, enjeux de légitimité et reconfigurations d’alliances, le PDG joue gros, car si les tribunaux venaient à choisir pour lui, tous pourraient à la fin perdre. Plus que jamais, le PDG joue gros à la veille des législatives. Très gros même.
Par Roland Olouba Oyabi, Directeur de Publication de Gabon Mail Infos et Manager des Médias , Prix du Meilleur Journaliste en ligne 2025 au Gabon

























