Libreville, le 23 janvier 2026- La sortie est fracassante, presque iconoclaste. Claude Le Roy, figure tutélaire du football africain et ancien sélectionneur de plusieurs équipes nationales du continent, a appelé les pays africains à boycotter la Coupe du monde 2026, prévue aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Une déclaration lourde de sens, qui dépasse largement le cadre sportif pour s’inscrire dans un débat politique, éthique et géostratégique.
Pour le technicien français, l’Afrique ne peut plus faire comme si le football vivait hors du monde. Il pointe directement la responsabilité du président américain Donald Trump, dont les décisions, notamment la fermeture de nombreuses ONG actives en Afrique, auraient selon lui fragilisé des pans entiers de l’action humanitaire et du développement sur le continent. À ses yeux, accueillir la grand-messe du football mondial dans un tel contexte relève d’une incohérence morale.
Mais la charge la plus sévère vise la gouvernance du football international. Claude Le Roy accuse le président de la FIFA, Gianni Infantino, de s’aligner davantage sur les puissances politiques et économiques que sur l’esprit du jeu. « On ne parle plus de football », déplore-t-il, « on ne parle que d’argent ». Une dérive mercantile qui, selon lui, transforme les nations africaines en simples figurantes d’un spectacle mondialisé où les règles sont dictées ailleurs.
Cette prise de position s’inscrit dans une continuité. Lors de la CAN 2025, Claude Le Roy s’était déjà distingué en prenant publiquement la défense de l’équipe du Sénégal, après des incidents controversés survenus lors de la finale face au Maroc. À travers cet épisode, il dénonçait déjà ce qu’il perçoit comme un déséquilibre persistant dans le traitement des équipes africaines et une gestion des compétitions parfois déconnectée des exigences d’équité.
Pour autant, l’appel au boycott reste, à ce stade, une position individuelle. Ni la Confédération Africaine de Football (CAF), ni aucune fédération nationale du continent n’a officiellement envisagé une telle démarche. Le silence institutionnel contraste avec la radicalité du propos et révèle la complexité de l’enjeu : renoncer à une Coupe du monde, c’est aussi renoncer à une vitrine sportive, diplomatique et économique majeure pour des pays qui peinent encore à imposer leur voix dans les instances dirigeantes du football mondial.
La déclaration de Claude Le Roy agit donc comme un révélateur. Elle met à nu une tension fondamentale : celle d’un football africain pris entre la quête de reconnaissance internationale et le sentiment croissant d’être instrumentalisé dans un système dominé par l’argent et la politique. Le débat est lancé, et même sans boycott officiel, il fissure le consensus apparent autour de la Coupe du monde 2026.
Reste à savoir si les dirigeants africains choisiront le confort du silence ou le courage d’une parole collective. Car dans l’histoire du football, comme dans celle des peuples, les grandes ruptures commencent souvent par une voix isolée qui refuse de se taire.
Comme le dit un proverbe de Lambaréné :
« Quand le marché est bruyant, celui qui n’a rien à vendre doit apprendre à parler fort, ou à quitter la place. »

























