Le 22 janvier 2026 restera comme une date charnière pour le paysage médiatique gabonais. Les agents de Gabon Première et de Radio Gabon, regroupés au sein de Gabon Télévisions, ont lancé une grève illimitée qui bouleverse le fonctionnement du service audiovisuel public. Journaux réduits à dix minutes, programmes cantonnés aux matinées : le pays découvre soudainement la fragilité d’un secteur censé incarner la voix officielle.
Derrière ce mouvement, le Syprocom met en avant des revendications qui ne sont pas nouvelles : statut particulier des communicateurs, paiement de la Redevance audiovisuelle et de la communication, primes en souffrance, réforme structurelle du secteur. Autant de dossiers qui traînent depuis des années et qui traduisent une inertie institutionnelle. La tentative de médiation du ministre Germain Biahodjow, quelques jours avant la grève, n’a pas suffi à enrayer la colère. Le syndicat parle d’un « ras-le-bol total », signe que la confiance est rompue.
Ce conflit dépasse le simple cadre professionnel. Il intervient dans un contexte social tendu : grèves dans l’éducation, agitation dans l’enseignement supérieur, revendications des travailleurs du pétrole. L’audiovisuel public devient ainsi le miroir d’une équation sociale plus large, où l’État peine à répondre aux attentes de ses agents. La portée symbolique est forte : c’est la première grève dans ce secteur depuis la chute du régime Bongo, preuve que les frustrations accumulées n’ont jamais été résorbées.
Temporiser face à des revendications structurelles ne fait que nourrir la défiance. Le gouvernement se retrouve piégé entre l’urgence de préserver la continuité du service public et l’obligation de réformer en profondeur. Cette grève n’est pas un simple bras de fer syndical, mais un avertissement : sans réponses claires et courageuses, l’audiovisuel public risque de devenir le symbole d’un État incapable de tenir ses promesses.

























