Dans le fracas silencieux des compétitions africaines, l’absence du taekwondo gabonais aux finales séries d’Abidjan résonne comme un coup de pied dans le vide. Leader incontesté de la zone 4, porté par un capitaine classé troisième du continent et prêt à enfiler la couronne africaine, le Gabon s’est vu cloué au sol par une sentence devenue refrain national : «Il n’y a pas d’argent !» Ainsi, l’équipe qui avait arraché dix qualifications au Tchad reste à quai, regardant le train olympique s’éloigner sans elle.
La déception est d’autant plus amère que les athlètes avaient multiplié les alertes, criant leur détresse sportive sur les toits médiatiques. Mais leurs appels se sont perdus dans les couloirs feutrés du ministère des Sports et de l’ONDSC, où l’on a opposé le mur glacé de l’insuffisance budgétaire. Une réalité sans doute sincère, mais qui n’en demeure pas moins un uppercut porté à la progression du taekwondo gabonais.
Car Abidjan n’était pas un simple rendez-vous sportif : c’était une rampe de lancement vers les Jeux olympiques. Dans ce sport où chaque point est une pierre ajoutée à l’édifice de la qualification, manquer un tournoi revient à laisser s’effriter tout un rêve. «Cette absence est lourde de conséquences», martèle un cadre de la Fegatae, rappelant que le Gabon, auréolé de son statut de leader CEEAC, risquait gros en quittant le ring avant même d’y entrer.
Sur le plan individuel, la chute est encore plus vertigineuse. Amar Cissé, capitaine valeureux, n’avait besoin que d’un éclat d’or pour devenir numéro un africain, ouvrant ainsi grand les portes d’une médaille en Coupe d’Afrique. Son ambition, patiemment forgée par des mois d’entraînement, s’est consumée comme une flamme que l’on souffle brusquement.
Le Gabon, pourtant riche de talents, se retrouve à nouveau piégé dans le cercle vicieux du manque d’investissements. Les athlètes, véritables ambassadeurs du pays, avancent pieds nus sur un chemin semé d’obstacles financiers, tandis que leurs adversaires foulent des tatamis jalonnés d’opportunités.
Face à cette situation, une question persiste, implacable : combien de rêves faudra-t-il encore sacrifier avant que le sport gabonais ne bénéficie de moyens à la hauteur de ses ambitions ? Pour l’heure, Abidjan se jouera sans le Gabon, et les regrets, eux, resteront bien présents, lourds comme un kimono détrempé. Un constat qui devrait enfin réveiller les décideurs, avant que d’autres disciplines ne subissent le même sort, laissant le pays s’enfoncer davantage dans l’ombre alors qu’il pourrait briller intensément à nouveau.


























