L’enquête OpenLux, publiée ce 24 juin 2026 par l’OCCRP et Le Monde, documente 43 biens immobiliers à Dubaï. Ces acquisitions sont attribuées à Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo, fils d’Omar Bongo. Sa mère est l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo. En tout, ces biens représentent environ 15 millions de dollars, soit 8,6 milliards de francs CFA. Ainsi, les achats auraient été réalisés entre 2020 et 2023. Vingt-huit appartements se concentrent dans une même tour du quartier de Meydan. Pourtant, une dizaine de ces biens resterait encore en sa possession en mai 2026.
Un écart vertigineux entre salaire et fortune
Durant cette même période, M. Andjoua dirigeait la Direction générale du Budget et des Finances publiques du Gabon. Or, un décret de 2015 plafonne la rémunération maximale du secteur à environ 1 900 dollars par mois. C’est donc environ 1,1 million de francs CFA pour le profil le plus senior. En conséquence, l’écart entre ce salaire officiel et les sommes investies à l’étranger est considérable. Les enquêteurs pointent précisément cette incohérence comme le cœur de leurs interrogations. Par ailleurs, une instruction judiciaire vient d’être ouverte au Luxembourg en mai 2026. Elle vise M. Andjoua et un associé pour blanchiment, faux et fraude fiscale aggravée. Sollicité par les journalistes, l’intéressé n’a pas répondu.
Les défaillances des contrôles publics gabonais
Au-delà des faits, cette affaire révèle un angle mort institutionnel majeur. Comment un directeur général du Budget aurait-il constitué un tel portefeuille à l’étranger ? Ni l’Inspection générale d’État, ni la Cour des comptes n’ont apparemment signalé d’anomalie. De plus, aucun mécanisme de déclaration de patrimoine n’a semblé s’activer. Ce constat interroge la réalité de la redevabilité publique au Gabon. Il faut néanmoins noter une distinction importante : le Parquet national financier français instruit une procédure visant Mme Mborantsuo. Toutefois, le PNF précise formellement que Fabrice Andjoua n’est mis en cause dans aucune des deux affaires françaises liées aux « biens mal acquis ». Cette nuance mérite d’être posée avec rigueur.
Un test concret pour les nouvelles autorités gabonaises
OpenLux replace ainsi sur la table un chantier essentiel pour Libreville. Les nouvelles autorités gabonaises affichent leur volonté de moraliser la vie publique. Cependant, l’enquête est venue de l’extérieur, via des registres européens et émiratis. La capacité à s’en saisir sera donc un indicateur concret de rupture avec les pratiques passées. Plusieurs leviers existent, notamment l’entraide judiciaire internationale et la saisie d’avoirs. Il faut rappeler qu’en septembre 2025, M. Andjoua avait déjà été démis de la Direction générale de la concurrence. Des critiques sur une gestion à distance depuis Dubaï avaient motivé cette décision. Finalement, c’est aux institutions que revient désormais d’agir. La suite dira si la transparence promise est autre chose qu’un discours.
Sources : OCCRP et Le Monde (OpenLux, 24 juin 2026) ; parquet du Luxembourg ; Parquet national financier (France) ; Sherpa, Transparency International, Survie ; GabonReview.












































