Le 24 juin 2026, l’OCCRP et Le Monde, dans leur parution du 24 juin 2026, publient l’enquête OpenLux. Elle expose un réseau d’avoirs internationaux attribué à Fabrice Albert Andjoua Ondimba Bongo, fils d’Omar Bongo et de Marie-Madeleine Mborantsuo. Cet homme dirigeait le Budget de l’État gabonais pendant la constitution présumée de ce patrimoine. Désormais, les Gabonais découvrent l’ampleur d’une nébuleuse bâtie sur quatre continents.
Dubaï : le cœur financier du dispositif
C’est à Dubaï que se concentre l’essentiel du patrimoine révélé. Selon les journalistes, Andjoua aurait détenu 43 biens dans l’émirat entre 2020 et 2023. La valeur totale atteindrait 15 millions de dollars, soit environ 8,6 milliards de francs CFA. Vingt-huit de ces appartements se trouvaient dans une seule tour : la Sobha Creek Vistas Tower A, dans le quartier huppé de Meydan. Il a revendu une partie de ces biens depuis lors. Toutefois, il en détiendrait encore une dizaine dans le luxueux quartier de Golf Town.
Par ailleurs, sa mère Marie-Madeleine Mborantsuo possédait plus de 3 millions de dollars de biens dans le même émirat, révèle une enquête antérieure de 2024. Lin Mombo, son compagnon et ancien directeur de l’ARCEP pendant plus d’une décennie, y figurait en 2023 comme propriétaire d’un appartement et copropriétaire d’une villa.
Luxembourg et France : sociétés-écrans et immobilier de prestige
En Europe, le réseau prend une forme juridique sophistiquée. Au Luxembourg, l’enquête identifie deux sociétés civiles liées à Andjoua. La première, Epila SCI, créée en 2022, le désigne comme bénéficiaire effectif. Elle prévoit la détention de biens immobiliers et de véhicules. La seconde, Miura Racing SC, rebaptisée Autoword SC, concernait la mise à disposition de véhicules. Fait révélateur : deux jours après que les journalistes ont contacté Fabrice Andjoua, ses associés ont engagé la dissolution d’Autoword. Une instruction judiciaire luxembourgeoise est ouverte depuis mai pour faux, blanchiment et fraude fiscale aggravée.
En France, la SCI Nouo, créée en 2000 par Fabrice Andjoua et sa mère, détient une propriété à Bougival, dans les Yvelines. La parcelle mesure 754 m² au sein d’un lotissement fermé. À sa création, Mborantsuo aurait apporté près de 590 000 euros au capital. Andjoua, alors étudiant de 24 ans, n’apportait que 15 euros mais était inscrit comme gérant. Un bien comparable s’est vendu plus d’un million d’euros fin 2021 dans ce secteur prisé.
Lin Mombo : un montage judiciaire mis au jour
Cette même adresse de Bougival révèle un montage judiciaire troublant. Lin Mombo aurait acquis cinq biens en 2014 et 2015 via une société domiciliée à cette adresse, pour plus d’un million d’euros au total. Un litige commercial de 2023 a ensuite mis en lumière une manœuvre suspecte. Mombo et son fils auraient cédé leurs parts de SCI pour seulement 2 000 euros à un « conseiller officieux ». Selon le tribunal, cette cession visait à protéger ses avoirs alors qu’il était sous enquête en France. Le conseiller est décédé après avoir transmis les biens à ses propres enfants. Mombo a tenté en vain de les récupérer.
En Belgique, Andjoua aurait fondé une société d’import-export de voitures et de vente immobilière en 2023, sans aucun état financier déposé. Il en a cédé ses parts en mai 2024.
Las Vegas, Miami et un SUV à 230 millions de FCFA
Le réseau franchit ensuite l’Atlantique. Moins d’un an après son départ de la société belge, Andjoua aurait fondé à Las Vegas la firme More4LessExotics, spécialisée dans la location de voitures de luxe. Elle propose Ferrari, Bentley, Lamborghini et BMW entre 1 000 et 2 000 dollars par jour, soit jusqu’à 1,1 million de FCFA. Les registres du Nevada l’indiquent encore comme « managing member ».
Un détail frappe particulièrement l’opinion gabonaise. Des archives portuaires montrent qu’en octobre 2023, une Brabus GLE900 Rocket est partie du port d’Anvers à destination de Libreville. Ce SUV, produit à seulement 25 exemplaires, est affiché à plus de 400 000 dollars, soit environ 230 millions de FCFA. L’expédition a eu lieu deux semaines avant le coup d’État d’août 2023, alors qu’Andjoua dirigeait encore le Budget de l’État gabonais.
En Afrique du Sud, Andjoua, sa mère et d’autres membres de la famille auraient administré une société de 2006 à 2012. Elle a été radiée définitivement en 2024 pour non-conformité.
Procédures judiciaires : ce que les enquêtes établissent
Deux précisions juridiques essentielles s’imposent. En France, huit demi-frères et sœurs d’Andjoua sont mis en examen dans le dossier des « biens mal acquis », ouvert après une plainte de 2008. Sa mère fait l’objet d’une information judiciaire pour blanchiment aggravé depuis 2014. Cependant, le Parquet national financier précise qu’Andjoua n’est mis en cause dans aucune de ces deux affaires françaises. En revanche, il figure dans l’instruction judiciaire ouverte au Luxembourg en mai, aux côtés d’un associé.
Sollicités par les journalistes via courriel, message et avocat, Andjoua, Mborantsuo et Mombo n’ont pas répondu. À Libreville, on notera que Fabrice Andjoua avait été démis en septembre 2025 de la Direction générale de la concurrence. La raison invoquée : une gestion à distance depuis Dubaï, révélée à l’époque par GabonReview. L’enquête OpenLux donne aujourd’hui à ce fait un éclairage entièrement nouveau.
Sources : OCCRP et Le Monde, projet OpenLux, 24 juin 2026 ; Parquet du Luxembourg ; Parquet national financier (France) ; Sherpa, Transparency International, Survie. Conversions en FCFA à titre indicatif.












































