Dès l’arrivée au pouvoir du général Brice Clotaire Oligui Nguema, la France d’Emmanuel Macron s’est activée pour établir un lien solide avec le nouveau maître du Palais du bord de mer. Ce rapprochement est le fruit d’un travail diplomatique soutenu entre Paris et Libreville rappelle Jeune Afrique dans sa publication du 02 mai 2025.
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Ministre délégué en charge de l’Europe depuis septembre, Benjamin Haddad est davantage associé aux dossiers ukrainiens qu’aux affaires africaines. Pourtant, c’est lui qui a représenté la France le 22 avril dernier au Salon international de l’agriculture de Meknès, au Maroc. Le 3 mai, il assistera à l’investiture de Brice Clotaire Oligui Nguema au stade d’Angondjé à Libreville. L’Élysée avait initialement envisagé qu’Emmanuel Macron se rende personnellement à la cérémonie, « sauf impératif calendaire ». Gérard Larcher, président du Sénat, fut un temps pressenti pour le remplacer, avant que cette option ne soit finalement abandonnée. Le score de 94,85 % obtenu par Oligui Nguema a-t-il influencé la décision de Paris ?
Régulièrement accusé de pratiquer une politique de « deux poids, deux mesures » envers les régimes militaires africains, Macron entretient néanmoins d’excellents rapports avec le chef de la transition gabonaise. La France fut d’ailleurs le premier soutien unilatéral aux opérations d’observation électorale, finançant ces initiatives à hauteur de 600 000 euros.
Le lien personnel entre Emmanuel Macron et Oligui est manifeste. Les deux hommes communiquent régulièrement par téléphone ou par messages. Le président français fut parmi les premiers à adresser ses félicitations après les résultats provisoires de l’élection du 12 avril. Il a même pris soin d’appeler son homologue dès le lendemain, consolidant ainsi une relation politique construite dès le lendemain du coup d’État d’août 2023 – un événement que Paris avait prudemment « condamné du bout des lèvres ».
Les services français, notamment la DGSE, avaient été alertés dès le premier semestre 2023 d’un possible coup d’État. Un contact gabonais à Paris avait évoqué cette hypothèse, en lien avec les tensions autour de Noureddin Bongo-Valentin, fils d’Ali Bongo. Le nom d’Oligui Nguema circulait déjà. Mais au siège de la DGSE, boulevard Mortier, le signalement fut sans doute jugé excessivement alarmiste. D’autres canaux d’information, comme Jean-Charles Solon, chef du renseignement présidentiel gabonais, étaient alors mobilisés par l’Élysée.
Malgré une coopération étroite entre Ali Bongo et Emmanuel Macron, illustrée par le One Forest Summit de février 2023, Paris n’a pas tardé à nouer de nouveaux liens. Dès le lendemain du putsch, l’ambassadeur de France, Alexis Lamek, était reçu par Oligui Nguema. Par la suite, plusieurs rencontres, dont celle entre Raymond Ndong Sima et Chrysoula Zacharopoulou à Marrakech en octobre, ont témoigné d’un dialogue soutenu.
La France a salué l’annonce d’un chronogramme de transition et son respect. Alexis Lamek, puis son successeur Fabrice Mauriès, nommé en juillet 2024, ont joué un rôle essentiel dans ce rapprochement. Oligui Nguema a été reçu à l’Élysée en mai, avant de revenir à Paris en septembre pour le sommet de la Francophonie, puis en décembre pour la réouverture de Notre-Dame.
Sur le plan militaire, cette normalisation s’est concrétisée par la transformation du camp De Gaulle en académie gabonaise, avec une réduction à 200 soldats français. Le Gabon demeure, avec Djibouti, l’un des derniers partenaires militaires africains de la France.
Enfin, le cas des Bongo n’a jamais été central dans les discussions. Ali, Léa, Jalil et Bilal Bongo ont pu quitter le pays début 2024. Le consulat français s’est assuré de la régularité des visites pour Sylvia et Noureddin. Emmanuel Macron a abordé le sujet avec Oligui Nguema, mais sans en faire un obstacle diplomatique.
Source Jeune Afrique


























