Au Cameroun, l’air politique a des parfums de déjà-vu, comme si le pays tournait encore et toujours autour du même soleil. Ce jeudi 6 novembre 2025, Paul Biya, 92 ans, prêtera à nouveau serment, agrippant les rênes de l’État avec la constance d’un vieux capitaine refusant de quitter la barre, même lorsque la houle politique secoue le navire national. À Yaoundé, la cérémonie s’annonce grandiose, presque théâtrale, avec un parterre de chefs d’État africains venus saluer celui qui, depuis des décennies, s’accroche au pouvoir comme un lierre ancien s’enroule autour d’un mur qu’il ne veut pas céder.
À l’approche de l’événement, la capitale bruisse de préparatifs. Le Palais des Congrès, poli comme une vitrine destinée à refléter la stabilité revendiquée du régime, accueillera ministres, diplomates et personnalités venus témoigner d’une continuité qui, pour certains, tient de l’éternité institutionnelle. Car Paul Biya, réélu dans un contexte contesté, avance vers un nouveau mandat comme un monarque traversant les siècles, paraissant indifférent aux remous démocratiques qui grondent autour de lui.
Dans l’opinion, les critiques parlent d’un dirigeant accroché à son fauteuil « comme un roc à sa falaise », refusant de céder malgré la tempête politique. Les voix de la contestation, elles, crient encore au déni, estimant que cette élection porte les marques d’un scrutin trop serré pour être considéré transparent. Mais rien n’y fait : le vieux sphinx de Yaoundé avance, imperturbable, fidèle à son style feutré, presque énigmatique.
À 92 ans, Paul Biya incarne l’une des longévités les plus impressionnantes du continent. Son règne, comparable à un arbre qui a survécu aux saisons, aux vents et aux orages, semble vouloir encore étendre son ombre sur la vie politique camerounaise. Pourtant, les défis ne cessent de s’empiler comme des pierres lourdes : crise sécuritaire persistante dans les régions anglophones, économie en quête d’oxygène, impatience sociale qui gronde comme un tonnerre lointain annonçant un orage inévitable.
Pour cette prestation de serment, plusieurs dirigeants africains ont confirmé leur venue, apportant avec eux la caution diplomatique qui accompagne souvent les régimes installés dans la durée. La scène sera donc double : d’un côté, une cérémonie réglée comme une horloge, destinée à montrer que l’État tient debout ; de l’autre, une société qui s’interroge, se demande si ce nouveau mandat sera un souffle ou un simple prolongement.
Les observateurs, eux, scruteront chaque mot du discours présidentiel, cherchant à y lire une éventuelle ouverture, un signe de réconciliation ou une promesse de renouveau. Mais beaucoup craignent que le rituel ne soit qu’une danse connue, un pas de plus dans la longue chorégraphie d’un pouvoir accroché à son propre poids.


























