Un mois après la publication du rapport général du Dialogue national inclusif (DNI), Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre du Gabon, exprime des critiques acerbes sur les recommandations contenues dans le document. Loin de l’objectif initial d’apaisement et de réconciliation nationale, ce rapport du Dialogue national semble plutôt marquer une étape vers une exclusion systématique et une chasse aux sorcières.
Un rapport hétéroclite et incohérent
Le rapport, présenté comme une synthèse des travaux du DNI, est jugé par Bilie-By-Nze comme une collection disparate de textes empruntés à diverses publications, assemblés sans cohérence. Ce manque de rigueur reflète, selon lui, le caractère précipité et superficiel des travaux du dialogue. Ceux qui espéraient un nouveau départ pour le Gabon sont confrontés à une amère réalité : le Gabon qu’on leur promet ressemble étrangement à celui d’hier, empreint de ressentiment et d’esprit vindicatif.
Le retour du ministère de l’Intérieur dans l’organisation des élections
Bilie-By-Nze souligne le retour controversé de l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur, rappelant les crises électorales passées. Selon lui, la solution ne réside pas dans le changement de l’organisateur, mais dans l’acceptation des règles du jeu démocratique par tous les acteurs. Ce retour pourrait être perçu comme un signal négatif, remettant en cause la transparence et la sincérité des élections futures sous un régime militaire.
Des conditions d’éligibilité restrictives
Les recommandations concernant l’éligibilité à la présidence sont perçues comme une tentative d’exclusion systématique. Limiter l’âge des candidats à moins de 70 ans, exclure ceux ayant des parents étrangers, ou ceux mariés à des étrangers, ainsi que les anciens membres du Parti Démocratique Gabonais (PDG), est vu comme une stratégie pour restreindre drastiquement le champ des candidats potentiels, favorisant ainsi un seul candidat pré-choisi par les autorités de transition.
Une démocratie sans partis politiques
Le rapport recommande également la reconstitution des partis politiques en quatre blocs idéologiques, une proposition jugée aberrante et unique au monde. Cette catégorisation forcée est interprétée comme une tentative de contrôle des partis, en les faisant entrer dans des cases prédéfinies, ce qui pourrait affaiblir le pluralisme politique nécessaire à toute démocratie véritable.
Atteintes à l’État de droit
Les mesures suggérées contre le PDG, incluant sa suspension et des enquêtes systématiques contre ses membres, sont perçues comme une violation flagrante de l’État de droit. La systématisation des enquêtes et la menace de poursuites sans démarche judiciaire préalable rappellent des pratiques d’État policier et totalitaire.
Une citoyenneté gabonaise divisée
Les nouvelles conditions d’accès à certaines fonctions, basées sur des critères de nationalité restrictive, risquent de créer des citoyens de seconde zone. Bilie-By-Nze appelle à ne pas jouer avec le feu, soulignant que le Gabon s’est construit avec des apports extérieurs et que la création de droits différents pour les citoyens pourrait mener à des tensions sociales et politiques.
Un régime présidentiel hybride
Le rapport propose un régime présidentiel de sept ans avec un vice-président nommé, une proposition qui, selon Bilie-By-Nze, pourrait accentuer les dérives du pouvoir personnel. Il plaide pour une réelle réforme des institutions, y compris la Cour constitutionnelle et le cabinet présidentiel, pour restaurer la confiance dans le système politique.
Bilie-By-Nze met en garde contre les dangers des recommandations du rapport du DNI. Leur mise en œuvre intégrale pourrait mener à une régression démocratique et compromettre gravement le vivre-ensemble au Gabon. La balle est désormais dans le camp des autorités de transition pour tenir leur engagement d’une transition inclusive, démocratique et apaisée.










































