Le parti REAGIR tangue. Pris dans une mer agitée de querelles internes, il dérive désormais entre deux courants opposés, deux voix qui se disputent la barre du navire. Le camp de François Ndong Obiang, évincé du siège historique et privé de logo, vient de riposter avec de nouvelles couleurs, un nouveau port d’attache… mais refuse d’abandonner le nom. La crise a changé de ton : elle n’est plus un simple désaccord, elle est devenue guerre de succession.
Officiellement, la bataille porte sur un logo, un local, une marque déposée à l’OAPI. Mais ce ne sont là que les branches visibles d’un arbre qui cache ses racines profondes. Le camp Michel Ongoundou Loundah, adoubé par Félix Bongo, brandit les documents juridiques comme des certificats de propriété politique. En face, François Ndong Obiang revendique la semence initiale : le REAGIR originel, planté en France en 2016, arrosé par l’engagement militant et enraciné depuis au Gabon.
Ce duel oppose le tampon au témoignage, le droit administratif à la mémoire politique, comme si deux frères réclamaient chacun l’héritage d’un même père, mais en racontant deux enfances différentes.
Le siège du Bas de Gué-Gué, cœur battant du parti, leur a glissé entre les doigts. Selon le récit du camp Ndong Obiang, la propriétaire des lieux aurait refusé leur loyer, le considérant comme déjà réglé par l’adversaire. Résultat : rideau baissé, cartons vidés, porte close. Ce départ forcé est vécu comme un exil plus que comme un déménagement, une éviction maquillée en manœuvre juridique.
Mais tel un phénix qui renaît loin des cendres, Ndong Obiang et ses soutiens se sont installés au quartier Louis, avec un nouveau siège, un nouveau logo, mais une promesse inchangée : le nom REAGIR ne sera pas cédé.
Le conseiller politique Bruno Ondo Mintsa a confirmé hier cette décision : changer de logo, mais conserver le nom. Une stratégie de survie, comme un soldat contraint de changer d’uniforme pour continuer la bataille sans trahir son étendard. Ainsi, deux REAGIR s’installent dans le paysage : deux fronts, deux récits, deux légitimités qui se regardent sans se reconnaître.
Cette coexistence forcée est une véritable anomalie démocratique, comme si deux miroirs reflétaient le même visage mais dans deux directions opposées.
L’idée d’une fusion avec l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) a été balayée d’un revers de main. Pour Ndong Obiang, il n’est pas question de se diluer dans une autre entité. La ligne reste droite, même si le chemin est accidenté. Et cette ligne passe par un soutien ferme au président Brice Clotaire Oligui Nguema, réaffirmé depuis août 2024.
Dans ce tumulte, ce soutien ressemble à un gilet de ?sauvetage jeté en pleine mer. Il offre un peu d’équilibre, une respiration, peut-être même une caution politique auprès des institutions.
Le temps, pourtant, joue contre les deux camps. À force de se regarder en chiens de faïence, le parti s’essouffle, perd des plumes là où il devrait battre des ailes. Militants désorientés, électeurs confus, partenaires politiques lassés. REAGIR ressemble de plus en plus à une maison dont on se dispute le nom, alors que les fondations s’effritent dans le silence.
REAGIR est devenu un oiseau à deux têtes qui tire ses ailes dans des directions contraires, un cheval attelé à deux cavaliers rivaux.
C’est un navire fendu en deux coques, toutes deux persuadées de suivre la boussole, mais voguant sans gouvernail commun.
Un parti politique qui se déchire pour son nom, c’est une armée qui oublie sa mission pour se battre sur l’uniforme.
Et comme le disait l’écrivain et diplomate sénégalais Cheikh Hamidou Kane : « Quand on ne sait pas où l’on va, il faut se rappeler d’où l’on vient. »
Par Darlyck Ornel Angwe

























