Libreville, le 23 decembre 2025- La disparition puis la découverte du corps sans vie de Loko Pascal Cameron, 13 ans, retrouvé dans un caniveau à Nzeng-Ayong, ont provoqué une onde de choc à l’échelle nationale. Au-delà de l’horreur du crime, c’est la conscience collective du Gabon qui a été violemment interpellée. Un enfant assassiné n’est jamais un fait divers. C’est un échec majeur de la société tout entière.
Ce drame s’inscrit dans une série noire que l’on croyait révolue. Les crimes dits rituels, longtemps dénoncés comme l’un des symboles les plus abjects de la dérive morale du pouvoir sous l’ancien régime, refont surface avec une inquiétante régularité. Pendant des années, ces pratiques ont été associées aux figures d’Ali Bongo Ondimba et de Maixent Accrombessi, accusés d’avoir incarné, sinon organisé, un système où la quête du pouvoir et de la richesse aurait banalisé l’inhumain.
Pourtant, depuis le 30 août 2023, Ali Bongo n’est plus au pouvoir et ne se trouve même plus sur le territoire national. La promesse d’une rupture politique majeure a été proclamée. Mais les crimes, eux, n’ont pas disparu. Au contraire, ils persistent, parfois dans une indifférence glaçante.
Cette persistance impose une interrogation fondamentale :
pourquoi les crimes rituels continuent-ils alors que ceux qui étaient présentés comme leurs instigateurs ne sont plus aux commandes de l’État ?
La réponse, aussi dérangeante soit-elle, est incontournable. Les crimes rituels ne relèvent pas d’un homme, ni même d’un régime unique. Ils sont le produit d’un système profondément enraciné, nourri par la cupidité, la course effrénée au pouvoir, l’impunité judiciaire et la complaisance silencieuse de certains cercles d’influence. Tant que ces ressorts structurels demeurent, les crimes survivront aux changements de régime.
De Franceville à Libreville, les signalements se succèdent. Les rumeurs circulent, des noms sont murmurés, parfois évoqués ouvertement dans l’espace public. Pourtant, les résultats judiciaires restent désespérément absents : pas d’arrestations majeures, pas de procès retentissants, pas de condamnations exemplaires. La justice observe, hésite, se tait.
Or, ce silence n’est pas neutre.
Il devient, de fait, une forme de complicité institutionnelle.
Le contraste est d’autant plus saisissant que ces crimes surviennent à l’approche des fêtes de fin d’année, alors que le pays attend la formation du nouveau gouvernement de la Vème République, porteur de discours de refondation, de rupture et d’espérance. Pendant que l’on promet un nouveau départ, des enfants sont assassinés, des familles sont brisées et l’État échoue dans sa mission la plus élémentaire : garantir le droit à la vie.
Le meurtre de Loko Pascal Cameron n’est pas seulement une tragédie familiale. Il constitue une faillite morale et institutionnelle. Un pays qui tolère, par peur, par calcul ou par inertie, l’assassinat de ses enfants compromet gravement son avenir et sape les fondements mêmes de son contrat social.
La justice gabonaise est aujourd’hui placée face à ses responsabilités. Les autorités ne peuvent plus se réfugier dans le silence ou l’attentisme. Comme le rappelait Montesquieu :
« Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. »
Aujourd’hui, la victime est un enfant de 13 ans, Loko Pascal Cameron.
Demain, cela pourrait être n’importe lequel d’entre nous.
L’heure n’est plus aux discours ni aux promesses incantatoires. Elle est aux actes, aux enquêtes rigoureuses, aux poursuites courageuses et aux sanctions exemplaires. À défaut, l’histoire retiendra non seulement les crimes, mais surtout le silence de ceux qui avaient le pouvoir d’agir et ont choisi de ne pas le faire.


























