Lancé en 2018 par l’activiste numérique Sylvère Boussamba, par l’entremise de son ONG Ogooué Labs, Le Café Numérique avait marqué une ère nouvelle dans le paysage technologique gabonais. Véritable agora du numérique, cette rencontre mensuelle a fédéré, de 2018 à 2020, les jeunes pousses les plus audacieuses du pays. Porté par des partenariats féconds avec Hakki Com, CAE Culture, Digital Impact et Boom Consulting, l’événement s’était imposé comme un creuset d’idées, un catalyseur de vocations, et un socle pour l’essor entrepreneurial.
Mais à peine le temps de graver sa trace dans les mémoires que Le Café Numérique fut plongé dans un silence, comme mis sous cloche. Et voilà qu’en 2025, il réapparaît, réincarné, mais sous des atours qui n’ont plus rien d’originaux. La Société d’Incubation du Numérique Gabonais (SING), dirigée depuis 2017 par Yannick Ebibie, se présente désormais comme l’instigatrice de ce qu’elle nomme une relance. Or, cette résurgence a tout de l’usurpation du Café numérique.
De quelle nouvelle édition du Café numérique parle le DG de la SING pour demain 05 juin 2025 à l’amphithéâtre de la BEAC en présence du ministre Mark-Alexandre Doumba?
Comment ne pas voir ici l’ombre d’un plagiat institutionnalisé, maquillé en initiative innovante ? L’éthique semble avoir été sacrifiée sur l’autel de la visibilité ministérielle. Car M. Ebibie, témoin des balbutiements du projet originel, connaissait parfaitement les artisans de cette œuvre collective. Pourtant, ni hommage, ni citation, ni reconnaissance : le silence a été préféré à l’honnêteté intellectuelle.
Dans les coulisses, les murmures sont devenus clameurs. « C’est un vol en col blanc », souffle un entrepreneur du secteur, « une expropriation de l’esprit sous couvert d’incubation ». L’image est forte : on a dépouillé une idée comme on dérobe un brevet, sans vergogne, sans scrupule.
Ce regain sans racines interroge : une structure publique, supposée promouvoir l’innovation, peut-elle prospérer en parasitant les créations d’autrui ? À observer l’indifférence polie, voire la défiance manifeste de l’écosystème tech envers cette version frelatée du Café Numérique, le verdict est sévère. Le socle de la crédibilité s’effondre dès lors que les pionniers sont effacés au profit de succédanés opportunistes.
L’innovation ne peut germer dans un sol d’amnésie organisée. Elle exige mémoire, loyauté et justice. En s’appropriant une œuvre sans en nommer l’auteur, la SING fragilise l’édifice même qu’elle prétend bâtir. Car là où l’on travestit le génie d’hier pour briller aujourd’hui, c’est l’avenir même qui s’assombrit.


























