Dans son édition du 29 novembre 2024, Africa Intelligence dévoile les coulisses d’un affrontement stratégique entre le président de la transition gabonaise, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, et les Bongo pour le contrôle de la BGFIBank. Une bataille où convergent ambitions politiques, luttes d’influence et intérêts financiers.
Une offensive ciblée contre Delta Synergie
Selon les révélations d’ Africa Intelligence , Brice Oligui Nguema cherche à « arracher à Delta Synergie », la holding historique des Bongo, « ses 9,91 % de participation dans le capital de BGFIBank Holding Corp ». La manœuvre s’appuie sur une missive datée du 25 novembre et signée par Pierre Duro, conseiller présidentiel, qui propose un troc : l’abandon d’un audit étatique contre la holding en échange de cette cession. Outre cette suspension, l’État promet d’effacer les dettes fiscales et douanières de la Société gabonaise de sécurité (SGS), une entreprise clé du portefeuille de Delta Synergie.
Cette offre, validée par Oligui lors d’une réunion le 23 novembre, place Pascaline Bongo, cheffe de file du clan, face à un dilemme cornélien. Accepter la cession reviendrait à céder « le contrôle de la première banque d’Afrique centrale », pivot financier de Libreville et acteur majeur sur le continent. Refuserait de précipiter cependant l’effondrement de la holding, pilier de la fortune familiale depuis 2009. Africa Intelligence précise que Pascaline a jusqu’au 6 décembre pour répondre.
La fin de l’ère Oyima ?
Henri-Claude Oyima, PDG de la BGFIBank depuis 1985, est également au centre de cette lutte. Qualifié de « précieux allié » lors du putsch d’août 2023 pour son rôle de facilitateur auprès des opérateurs économiques, Oyima semble aujourd’hui marginalisé. Plusieurs conseillers, dont Pierre Duro, alimentent désormais une méfiance entre le banquier et le président, accusant Oyima d’ambitions politiques. Africa Intelligence rapporte que Brice Oligui envisageait de le « reléguer au poste de ministre », une manœuvre perçue comme une éviction déguisée.

Oyima, qui contrôle 9,25 % de la holding via Nahor Capital, a cherché un soutien à Brazzaville auprès d’Omar-Denis Junior Bongo (ODJB). Ce dernier, proche de Pascaline, détient également des parts dans la banque. Cette démarche d’aggraver les tensions sur l’axe Brazzaville-Libreville, où les acteurs politiques et financiers congolais suivent de près les évolutions liées à la BGFIBank.
Implications régionales et avenir incertain
En toile de fond, le rôle des acteurs régionaux reste déterminant. Denis Sassou-Nguesso, président du Congo et allié historique des Bongo, s’oppose pour l’instant à l’éviction d’Oyima, mais cette position pourrait évoluer. Par ailleurs, le genre de figures telles qu’Hervé Patrick Opiangah, lié aux Bongo et poursuivi pour diverses affaires, témoigne de l’instabilité croissante dans cet affrontement multidimensionnel.
Brice Oligui Nguema, fort de son succès au récent référendum, tente de consolider son pouvoir en restructurant l’économie et en particulier l’influence des clans dominants. Cependant, le bras de fer autour de la BGFIBank révèle les limites d’une stratégie qui, tout en cherchant à redessiner l’ordre économique, risque de provoquer des fractures politiques profondes.


























