Libreville, quartier Léon Mba – Le calme apparent de ce quartier historique, jouxtant la résidence de feu le président gabonais, a été brisé ce samedi 8 février par une conférence de presse inattendue. Guy Oscar Ngoua Mba, héritier et mandataire de la succession Mba Augustin, a convoqué les médias pour dénoncer ce qu’il qualifie d’« abus de confiance manifeste » de la part de son locataire, le Libanais Mustapha Bilal Nghoson. Au cœur de cette affaire : un contrat de bail violé, des constructions illégales et une défiance flagrante vis-à-vis des autorités locales.
Tout commence il y a un an, lorsque M. Ngoua Mba signe un contrat de bail avec M. Mustapha pour la construction d’un bâtiment R+2 sur sa parcelle. Selon les termes de l’accord, le rez-de-chaussée devait accueillir quatre box commerciaux, tandis que les étages supérieurs abriteraient des bureaux et des appartements. Mais très vite, ce qui devait être une entente cordiale s’est transformé en cauchemar administratif et juridique.
Des travaux en toute illégalité
« Le 1er novembre 2023, sans même m’avertir, il est entré sur le terrain et a tout démoli, » déplore Guy Oscar Ngoua Mba. Plus grave encore, la construction réalisée par M. Mustapha ne respecte en rien les termes du contrat. Au lieu des quatre box prévus, un seul espace commercial a vu le jour, empiétant dangereusement sur le domaine communal et les infrastructures de la SEEG (Société d’Énergie et d’Eau du Gabon). Le compteur électrique, logé dans un sous-bassement, et une fosse septique intégrée dans le bâtiment lui-même, sont des anomalies qui font frémir les experts en urbanisme.
Les autorités municipales, alertées à plusieurs reprises, ont émis des sommations pour faire cesser les travaux. Mais rien n’y fait. « À chaque fois que les travaux s’arrêtaient, ils reprenaient de plus belle, » confie M. Ngoua Mba, visiblement exaspéré par cette situation kafkaïenne. Le non-respect des injonctions des autorités frise l’arrogance, transformant ce chantier en symbole de la défiance vis-à-vis de l’État de droit.
Une justice paralysée, un chantier qui prospère
Le dossier a été porté devant les tribunaux. Mais la grève des magistrats, qui paralyse la justice gabonaise, joue en faveur de Mustapha Bilal Nghoson. Profitant de ce vide judiciaire, il poursuit les travaux, allant jusqu’à installer des locataires dans un bâtiment inachevé et non conforme. « Il accélère les travaux parce qu’il sait que la justice est en grève. C’est une provocation pure et simple, » s’indigne Guy Oscar Ngoua Mba.

Une expertise a pourtant été ordonnée pour évaluer les irrégularités de la construction. Ses objectifs : vérifier la conformité des travaux avec les normes d’urbanisme en vigueur, évaluer les déviations par rapport au contrat initial, et estimer les coûts des travaux déjà réalisés. Mais même ce processus est entravé par les manœuvres de M. Mustapha, qui poursuit ses activités en cachette.
Un héritage menacé
Pour Guy Oscar Ngoua Mba, le combat dépasse la simple question immobilière. Il s’agit de préserver l’intégrité d’un patrimoine familial. « Le bâtiment est à moi. Si un jour l’État décide de récupérer son domaine communal, c’est mon bien qui sera démoli. Je refuse d’accepter cet héritage empoisonné, » martèle-t-il. Son inquiétude est d’autant plus grande qu’il craint que les générations futures, ses propres enfants, soient confrontées à ce litige sans fin.

La situation est d’autant plus alarmante que des infrastructures publiques sont mises en danger. « Le tuyau de la SEEG peut exploser à tout moment. Qui prendra la responsabilité si cela arrive ? » questionne-t-il, pointant du doigt le mépris flagrant des règles de sécurité.
Un appel aux autorités et à la société civile
Guy Oscar Ngoua Mba n’en démord pas. Il interpelle non seulement les autorités, mais aussi la société civile, pour que justice soit faite. « On dit qu’on veut restaurer le pays, mais ce n’est pas en fermant les yeux sur de telles dérives qu’on y parviendra. » Il exhorte la mairie de Libreville, la SEEG et tous les acteurs impliqués à intervenir pour corriger cette injustice flagrante.

Au-delà de l’affaire elle-même, ce litige met en lumière les failles du système judiciaire et administratif gabonais. Comment expliquer que des constructions illégales puissent prospérer malgré les sommations des autorités ? Quelle est la part de responsabilité des institutions locales dans ce laisser-faire ? Le libanais Mustapha Bilal Nghoson serait-il au dessus des lois gabonaises ?
Un symbole des dérives urbanistiques à Libreville
Cette affaire n’est pas un cas isolé. Elle illustre un problème plus vaste de respect des règles d’urbanisme dans la capitale gabonaise. Des constructions anarchiques, souvent menées par des entrepreneurs étrangers peu scrupuleux, défigurent peu à peu le paysage urbain, au mépris des lois et des citoyens.
En attendant le verdict du tribunal, suspendu aux aléas de la grève des magistrats, Guy Oscar Ngoua Mba continue son combat, déterminé à faire entendre sa voix. « Je suis humilié chez moi, mais je ne me tairai pas. Trop, c’est trop ! » conclut-il, la voix chargée d’émotion. Une affaire à suivre, qui pourrait bien devenir le symbole d’un combat plus large pour la justice et la transparence dans la gestion des affaires foncières au Gabon.











































