Dans une tribune diffusée sur sa page Facebook officielle, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, Secrétaire général de la branche « légale et légitime » du Parti démocratique gabonais, soulève de profondes inquiétudes quant à la prestation de serment du président élu Brice Clotaire Oligui Nguema prévue le 3 mai 2025 au stade d’Agondjé devant plusieurs chefs d’État invités. Il dénonce une cérémonie qui, sous des dehors républicains, « consacre l’enracinement du désordre constitutionnel ».
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Selon lui, le serment devant la Cour constitutionnelle de la transition est juridiquement invalide. Il rappelle que « l’article 45 de la Constitution de 2024 prévoit une prestation de serment devant une Cour constitutionnelle compétente », ce que n’est pas l’actuelle juridiction issue de la Charte de la transition. Celle-ci est « limitée à la vérification des actes pris sous l’empire de la Constitution de 1991 et de ladite Charte », et ne saurait s’immiscer dans l’application de la nouvelle loi fondamentale.
Ce vice fondamental s’inscrit dans un chaos institutionnel plus vaste, conséquence d’un choix stratégique du CTRI : « organiser une élection présidentielle sans réforme préalable des institutions ». La nouvelle Constitution est désormais en vigueur, conformément à son article 173, « mais elle coexiste avec des organes demeurés sous le régime transitoire », juridiquement inadaptés et incompétents pour l’investiture du 3 mai 2025.
Onanga Y’Obegue qualifie cette situation de « système juridique schizophrène ». Le président est élu sous une nouvelle Constitution, mais les instruments nécessaires à son application, tels que le Parlement et la Cour constitutionnelle réformés, n’existent pas encore. Ainsi, « aucune loi organique ne peut être valablement adoptée, ni contrôlée, en l’absence d’un appareil juridique conforme ».
Il redoute surtout que cette faille constitutionnelle offre un boulevard aux dérives autoritaires, dans un État dépourvu de garde-fous juridiques. Car « sans contrôle de constitutionnalité effectif, l’État de droit s’effondre dans l’arbitraire légal ».
Le Parlement de la transition est aussi mis en cause : « s’il légifère sur la base de la nouvelle Constitution, il excède ses compétences ; s’il ne le fait pas, la mise en œuvre institutionnelle est bloquée ». Ce paradoxe bloque la sortie de transition, empêchant l’établissement d’un nouvel ordre républicain.
La seule voie de sortie, insiste l’auteur, réside dans « l’organisation rapide d’élections législatives et locales ». Celles-ci permettraient d’installer un Parlement conforme à la nouvelle norme constitutionnelle, seul apte à adopter les lois nécessaires à la refondation républicaine.
Dans cette perspective, il conclut que « le serment du 3 mai, loin d’unir la Nation, risque de symboliser l’échec d’une restauration démocratique manquée ». Pour éviter cet écueil de l’investiture du 3 mai 2025, le Gabon doit « replacer le droit au-dessus du pouvoir, et non à sa remorque ».


























