Jeune Afrique dresse un bilan contrasté des mille premiers jours d’Oligui Nguema. Marwane Ben Yahmed y célèbre une liberté d’expression retrouvée au Gabon. Pourtant, l’éditorialiste évoque lui-même plusieurs signaux inverses préoccupants. Ce bilan intervient trois ans après la chute d’Ali Bongo Ondimba.
Selon lui, la transformation majeure du pays reste avant tout psychologique. « Les Gabonais n’ont plus peur », affirme-t-il sans détour. Il cite notamment le classement encourageant de Reporters sans frontières. Le Gabon est ainsi passé de la 121e à la 41e place entre 2020 et 2025.
Toutefois, ce constat mérite d’être largement nuancé aujourd’hui. RSF qualifie en effet la presse gabonaise de chantier inachevé. En 2026, le pays recule même légèrement, au 43e rang mondial. Cette régression contredit partiellement le triomphalisme initial de l’éditorial.
Une fermeté à géométrie variable
L’éditorialiste évoque ensuite une suspension des réseaux sociaux en février 2026 dans les mille jours d’Oligui Nguema. Les autorités auraient également interpellé plusieurs journalistes durant cette période. Des influenceurs auraient par ailleurs subi des menaces directes et répétées. Ben Yahmed résume ainsi la contradiction : « Casser le thermomètre n’a jamais fait tomber la fièvre. »
Les exemples cités ne manquent d’ailleurs pas dans ce récit. Pierre-Wilfried Okoumba a ainsi été placé sous mandat de dépôt. Les syndicalistes Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ont également été arrêtés. Ils ont néanmoins recouvré leur liberté cinq jours plus tard. Roland Olouba Oyabi, journaliste, a lui aussi été retenu cinq jours. Harold Leckat avait connu un sort comparable dès octobre 2023.
Chaque dossier possède certes son propre contexte judiciaire spécifique. Additionnés, ils compliquent néanmoins l’affirmation d’une peur totalement disparue. Ces affaires multiplient ainsi les zones d’incertitude autour du discours officiel.
Le dossier Bilie-By-Nze, symbole des tensions persistantes
L’ancien Premier ministre reste détenu depuis avril dernier. Cette affaire d’escroquerie présumée remonte pourtant à l’année 2008. Jeune Afrique se garde bien de juger sa culpabilité réelle. « La disproportion est le message », estime cependant l’éditorialiste gabonais.
Il compare ainsi ce dossier à la situation des Bongo. Sylvia et Noureddin Bongo vivent désormais librement à Londres. Ali Bongo, lui, a quitté le pays sans procès. Selon lui, une telle justice inégale ne convainc plus personne aujourd’hui.
Un paradoxe qui dépasse le seul pouvoir gabonais
Ce paradoxe ne concerne donc pas uniquement les seules autorités actuelles. Il traverse également l’éditorial de Jeune Afrique lui-même. Proclamer la fin de la peur, puis détailler ses raisons de persister, interroge forcément. Trois ans après août 2023, une question demeure ainsi centrale. La peur a-t-elle vraiment disparu, ou simplement changé de forme ? Peut-être change-t-elle également de camp selon les circonstances durant ces mille jours d’Oligui Nguema à la tête du Gabon. L’avenir dira si ces contradictions se dissiperont durablement au Gabon. Le débat, lui, reste toujours ouvert au sein de la société civile.












































