La Compagnie nationale de navigation intérieure et Internationale (CNNII) amorce un tournant décisif. Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a en effet examiné un projet de loi portant création, attributions et organisation de cette entreprise stratégique. Ainsi, ce texte vise à régulariser une situation juridique restée floue depuis treize ans. Par ailleurs, ce projet traduit la volonté du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de restaurer la légitimité institutionnelle de la CNNII. Bâtisseur engagé, il bénéficie également du soutien du ministre d’État chargé des Transports. De surcroît, cette réforme s’inscrit dans une stratégie de lutte contre la vie chère. Elle vise aussi à renforcer la souveraineté logistique nationale.
Depuis la réforme de 2013, la CNNII fonctionnait comme une société de fait. En effet, l’ordonnance censée transformer l’établissement en société d’État n’avait jamais été ratifiée. Par conséquent, l’entreprise ne bénéficiait plus des prérogatives de puissance publique attachées à son statut d’armement national. Alexis Mpiga, Directeur général de l’entreprise, compare d’ailleurs cette situation à « un enfant qui vient au monde aujourd’hui, vous lui donnez un héritage. Il meurt deux ans après et puis on continue de dire qu’il est vivant ». Désormais, le nouveau texte tranche définitivement cette ambiguïté juridique. Ainsi, la structure de 1978 ne survit plus, et une nouvelle entité prend officiellement le relais.
Des garanties nouvelles pour les partenaires
Grâce à ce cadre légal stabilisé, les investisseurs disposent enfin de garanties concrètes pour engager des collaborations durables. De même, les employés bénéficient désormais d’une meilleure sécurité juridique face aux procédures judiciaires. Le directeur général l’affirme sans détour : « celui qui vient signer un contrat avec la CNNII […] sait qu’il est protégé parce qu’il traite avec une personne morale qui existe ». En outre, un plan étatique est prévu pour apurer la dette sociale et régler les arriérés de salaires dans les prochaines semaines. Par conséquent, les banques et les administrations partenaires, notamment la CNSS, pourront désormais discuter avec une entité pleinement reconnue.
Une nouvelle stratégie de gestion, comme un match à rejouer

À l’image d’une équipe sportive qui change de tactique après une série de défaites, la CNNII veut désormais miser sur la performance. Alexis Mpiga insiste : « on est dans la performance, on est dans la rentabilité qui est des résultats ». Concrètement, des fiches de poste et des fiches d’évaluation seront prochainement instaurées pour chaque agent. De plus, un fonctionnement quasi privé remplacera les anciennes pratiques jugées trop administratives et peu productives. Cependant, l’objectif n’est pas de sacrifier les emplois existants, mais bien de redéfinir collectivement les conditions d’un rebond durable. Ainsi, chaque heure travaillée devra désormais générer une valeur ajoutée mesurable pour l’entreprise comme pour l’État.
La lutte contre la vie chère, une mission retrouvée
Toutefois, la mission première de la CNNII demeure la baisse des coûts de transport pour les ménages gabonais. Le Directeur général illustre son propos avec un exemple frappant : du riz importé à prix d’usine, transporté directement par l’armement national, puis revendu bien moins cher que sur le marché privé. Ainsi, l’État peut désormais intervenir sur le fret comme sur le transport de passagers, sans subir les marges appliquées par les opérateurs privés. D’ailleurs, la Redevance de navigation intérieure (RNI) a été réinstaurée afin de financer le désenclavement des zones reculées du pays. Selon Alexis Mpiga, cette contribution ne pénalise pas les opérateurs économiques, mais finance plutôt l’accès aux voies d’eau intérieures.
Une complémentarité assumée avec l’OPRAG
Contrairement à une idée reçue, la CNNII ne concurrence nullement l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG). En réalité, l’OPRAG gère les grandes infrastructures portuaires, tandis que la CNNII assure le transport et dessert prioritairement les ports secondaires. À l’instar d’un metteur en scène qui coordonne plusieurs acteurs sur une même pièce, ces institutions doivent désormais jouer en parfaite harmonie avec la marine marchande. Cette répartition claire des rôles renforce, in fine, la souveraineté maritime du Gabon face à des ports concurrents régionaux comme Pointe-Noire ou Kribi. Enfin, la compagnie ambitionne également d’ouvrir de nouveaux hubs logistiques vers l’intérieur du pays, notamment dans l’Ogooué.
Enfin, le texte doit encore franchir l’étape du Parlement avant sa promulgation par le président de la République. D’ici là, le gouvernement continue de travailler, aux côtés du ministre d’État, sur le règlement définitif de la dette sociale. Ainsi, la CNNII entend redevenir, dans les mois à venir, un véritable pilier du développement économique national et un acteur incontournable du commerce sous-régional en Afrique centrale, tout en stimulant l’économie locale.










































