La Cité Émeraude n’est pas un chantier ordinaire. Elle figure en bonne place dans l’adresse du Président de la République sur l’état de la Nation. Aux côtés du Palais des Congrès et des infrastructures routières, judiciaires et administratives, elle incarne les premières pierres du « Gabon nouveau ». Depuis 2023, ces chantiers construisent un récit national. Mais derrière la vitrine, les chiffres appellent une lecture rigoureuse et sans complaisance.
Deux marchés, six bâtiments, un total de 53,6 milliards FCFA
Le projet de la Cité Émeraude engage 53,6 milliards FCFA sur trois budgets sans état consolidé présenté au Parlement gabonais. repose sur deux marchés aux montages distincts. Le premier, approuvé le 7 avril 2025, porte sur quatre immeubles pour 35,7 milliards FCFA. Il s’étale sur les budgets 2024, 2025 et 2026. Le second, approuvé le 8 mai 2025, concerne deux immeubles supplémentaires pour 17,8 milliards FCFA. Celui-ci couvre les exercices 2024 et 2025. Au total, selon les données rapportées par Dépêches241, le projet absorbe 53 591 962 810 FCFA sur trois lois de finances consécutives. Un mastodonte financier aux ramifications budgétaires multiples.
L’étalement budgétaire : une mécanique qui brouille les pistes
Financer un même chantier sur trois exercices successifs n’est pas en soi une anomalie. Toutefois, cela soulève une exigence : la traçabilité. Comment suivre, d’une loi de finances à l’autre, l’avancement réel d’un projet aussi volumineux ? La question devient plus aiguë encore dans le contexte actuel. En effet, une loi de finances rectificative pour 2026 est en cours. De plus, le programme d’investissements publics 2026-2028 est déjà lancé. Dès lors, sans vision consolidée, le risque de lecture fragmentée est réel.
Le Président lui-même a exigé une lecture lucide de la situation
Le Chef de l’État l’a dit sans détour dans son adresse à la Nation. Il a insisté sur le renforcement du dialogue avec la représentation nationale. Il a réclamé une lecture lucide et transparente de la situation du pays. Or, cette exigence de lucidité ne peut s’arrêter aux discours. Elle doit descendre jusqu’aux commissions parlementaires compétentes. Celles-ci doivent disposer d’une vision consolidée du chantier, et non d’un puzzle budgétaire reconstitué exercice par exercice.
Un angle mort parlementaire à combler d’urgence
À ce jour, aucun document public ne confirme qu’un état consolidé de l’exécution budgétaire a été présenté aux commissions des finances de l’Assemblée nationale ou du Sénat. C’est précisément là que le bât blesse. Un chantier, notamment celui de la Cité Émeraude mentionné par le Chef de l’État comme symbole de la reconstruction nationale mérite mieux qu’un suivi haché. Le contrôle parlementaire de l’exécution budgétaire 2026 doit clarifier ce point sans délai. Car construire vite, c’est bien. Construire sous le regard du peuple et de ses représentants, c’est mieux.












































