Après plus d’un mois de perturbations, la Société de transport urbain (Trans’Urb) a annoncé la reprise de l’ensemble de ses activités à compter du 7 avril 2026, à Libreville comme dans les villes de l’intérieur. Dans son communiqué, la Direction générale évoque une « phase de réorganisation interne visant à garantir un service fiable et continu ». Si cette annonce soulage les usagers, elle ne dissipe pas les interrogations profondes qui pèsent sur l’avenir du transport public au Gabon.
Car derrière la normalisation apparente, un constat demeure : les crises à répétition de Trans’Urb et de SOGATRA ne sont pas des accidents, mais les symptômes d’un secteur fragilisé depuis des années.
La reprise des activités ne suffit pas à masquer les difficultés chroniques : flottes vieillissantes immobilisées faute de maintenance, retards de salaires récurrents, manque de pièces détachées, conditions de travail précaires pour les agents, absence d’investissements pérennes.
Ces réalités, régulièrement dénoncées par les travailleurs et les usagers, montrent que la « réorganisation interne » évoquée par la direction ne pourra produire des effets durables sans une stratégie nationale claire.
Le transport public est pourtant un pilier du fonctionnement économique et social.
Il conditionne la mobilité des travailleurs, l’accès à l’éducation, aux soins, et la fluidité urbaine.
Pourtant, les entreprises publiques de transport semblent évoluer dans un environnement où le manque de financement, l’absence de vision et l’insuffisance de gouvernance freinent toute modernisation.
Les agents de SOGATRA et de Trans’Urb, souvent en première ligne, témoignent de conditions de travail difficiles, d’un manque de reconnaissance et d’un sentiment d’abandon.
Cette situation alimente un malaise social qui finit toujours par impacter les usagers.
La reprise annoncée pour le 7 avril ne doit pas être perçue comme une fin en soi, mais comme un rappel de l’urgence d’agir.
Pour restaurer durablement ce secteur stratégique, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les experts et les acteurs du terrain : un plan national de renouvellement des flottes, une politique de maintenance préventive structurée, une sécurisation des financements, une amélioration des conditions de travail et de formation des agents, une gouvernance modernisée et transparente.
La tutelle est aujourd’hui face à une responsabilité majeure : engager une refondation réelle du transport public, au-delà des mesures ponctuelles.
Les usagers comme les agents attendent des solutions fiables, définitives et adaptées aux besoins du pays.
La reprise de Trans’Urb est une bonne nouvelle. Mais elle ne prendra tout son sens que si elle s’inscrit dans une dynamique de réforme profonde, capable de transformer un secteur essentiel mais trop longtemps négligé.


























