Longtemps considérée comme l’un des piliers de l’expertise nationale dans les métiers des travaux publics, l’école des techniciens des travaux publics de Fougamou (ETTPF) n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle‑même. Fermée depuis près de deux décennies, l’institution, créée par la loi 8/76 du 6 décembre 1976, s’enfonce dans une dégradation silencieuse qui interroge sur la stratégie nationale en matière de formation technique.
Un rôle stratégique pour le pays
L’ETTPF avait pour vocation de former des techniciens spécialisés en génie civil, mécanique, conduite d’engins, entretien des routes en terre et contrôle des travaux. Elle servait également de centre de recyclage pour les agents du ministère des Travaux publics, garantissant une montée en compétence continue des équipes sur le terrain.
Dans un pays où les infrastructures routières constituent un enjeu majeur de développement, l’école représentait un maillon essentiel entre les ambitions politiques et la réalité opérationnelle.
Malgré plusieurs annonces officielles, la relance de l’établissement reste au point mort. Les travaux prévus , réhabilitation des bâtiments pédagogiques, remise en état des ateliers, rénovation de l’internat, modernisation du réfectoire, acquisition d’un groupe électrogène n’ont jamais été financés.

Le conseil d’administration du 29 mars 2024 avait pourtant fixé deux priorités : la révision des textes réglementaires et la refonte du cadre pédagogique. Depuis, aucune avancée notable n’a été enregistrée.
La fermeture prolongée de l’ETTPF a des conséquences directes sur le fonctionnement du ministère des Travaux publics. Le départ à la retraite de nombreux techniciens, non remplacés faute de formation, crée un déficit de compétences qui se répercute sur l’entretien des routes, déjà fortement dégradées dans plusieurs provinces.
L’absence d’un centre de formation dédié prive également le pays d’une main‑d’œuvre locale qualifiée, alors même que le Gabon affiche des ambitions élevées en matière d’infrastructures et de souveraineté technique.
Au‑delà du cas de Fougamou, la situation de l’ETTPF illustre les difficultés structurelles de la formation professionnelle au Gabon : manque de financement, absence de vision à long terme, et déconnexion entre besoins du terrain et politiques publiques.
La relance de l’école apparaît aujourd’hui comme un impératif stratégique. Sans techniciens formés, aucune politique d’infrastructures ne peut durablement tenir.


























