Le Sénégal vit un tournant majeur dans son paysage politique. Le président Bassirou Diomaye Faye vient de franchir un pas décisif en lançant la coalition « Diomaye Président », marquant ainsi une distanciation nette avec le Premier ministre Ousmane Sonko, son ancien mentor et figure fondatrice du Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité (PASTEF). Cette initiative, saluée par plusieurs figures politiques de premier plan, rebat les cartes du pouvoir à Dakar.
Aminata Touré et 300 maires ralliés
La bénédiction accordée par le chef de l’État à cette nouvelle structure politique s’accompagne d’un soutien symboliquement fort : celui d’Aminata Touré, ancienne Première ministre du Sénégal, connue sous le nom de « Mimi Touré ». Sa présence dans ce dispositif confère à la coalition une légitimité institutionnelle et une envergure nationale. Selon des sources proches du palais présidentiel, quelque 300 maires auraient d’ores et déjà signifié leur ralliement à cette nouvelle plateforme, offrant au président Faye un ancrage territorial considérable qui ne dépend plus exclusivement du PASTEF.
Un président qui veut exister par lui-même
Depuis son élection en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye avait souvent été perçu comme un président de substitution, élu dans le sillage d’Ousmane Sonko, alors emprisonné. Aujourd’hui, en affichant clairement son ambition pour un second mandat et en consolidant ses propres alliances politiques, le chef de l’État envoie un message sans ambiguïté : il entend gouverner selon sa propre vision. La coalition « Diomaye Président » incarne cette volonté d’autonomie politique et constitue, selon plusieurs analystes, une réponse directe aux tentatives de contrôle exercées par le camp Sonko.
Sonko riposte : menace d’un retour dans l’opposition
La réaction du Premier ministre ne s’est pas fait attendre. Les proches d’Ousmane Sonko ont interprété la création de cette coalition comme une tentative délibérée de contrebalancer l’influence du PASTEF au sein de l’exécutif. Plus préoccupant encore pour la stabilité du gouvernement, Sonko lui-même n’écarte plus l’hypothèse de quitter l’exécutif avec son parti pour rejoindre l’opposition. Une telle issue transformerait radicalement l’équilibre institutionnel du Sénégal et plongerait le pays dans une période d’incertitude politique inédite depuis l’alternance de 2024.
Une recomposition historique en marche
La cohabitation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux figures issues du même mouvement politique, a longtemps été présentée comme un modèle de gouvernance partagée. Elle atteint aujourd’hui ses limites structurelles. Ce que certains observateurs qualifiaient encore de simples rumeurs internes prend désormais la forme d’une réalité institutionnelle. La scène politique sénégalaise entre dans une phase de recomposition profonde, dont les contours définitifs dépendront largement des prochaines décisions des deux hommes et de leur capacité, ou non, à éviter une rupture totale et publique.


























