Libreville, le 18 février 2026- Présenté comme une initiative novatrice destinée à moderniser le transport urbain tout en offrant aux conducteurs une véritable trajectoire entrepreneuriale, le projet de taxis électriques Ndzela suscite aujourd’hui une profonde désillusion parmi ceux qui en constituent pourtant la cheville ouvrière : les chauffeurs eux-mêmes.
Au moment des premiers entretiens organisés sous l’égide de l’ANPI avec les chauffeurs des taxis électriques, il leur avait été clairement exposé que leur engagement s’inscrirait dans une dynamique structurante : constitution d’une fiche circuit, épargne à la CNSS, mise en place d’une épargne logement, et, à terme, accession progressive à une forme d’autonomie économique. En contrepartie, un loyer journalier conséquent devait être acquitté durant une période expérimentale de quatre années, présentée comme une phase pilote nécessaire à la consolidation du modèle.
Or, les faits rapportés par les conducteurs dressent un tableau bien différent. Les mécanismes d’épargne annoncés semblent avoir disparu, sans que les obligations financières ne soient révisées à la baisse. Pire encore, le loyer journalier aurait non seulement été maintenu, mais relevé, atteignant désormais des montants qui, additionnés aux frais connexes, fragilisent gravement l’équilibre économique déjà précaire des chauffeurs.
La situation apparaît d’autant plus préoccupante que les institutions initialement associées au projet des taxis électriques, notamment la banque publique d’appui à l’entrepreneuriat, la BCEG, ne semblent plus y jouer de rôle actif. Dans ce contexte, les tentatives de dialogue engagées par les chauffeurs se heurteraient, selon leurs témoignages, à une fin de non-recevoir, parfois assortie de propos intimidants invitant les plus contestataires à restituer simplement les véhicules.
À ces tensions s’ajoute une contrainte opérationnelle majeure : l’exigence de paiements élevés pour la recharge énergétique des taxis électriques. Incapables de réunir ces sommes, plusieurs chauffeurs se retrouvent immobilisés, accumulant mécaniquement des retards de loyers qui les exposent à la perte rapide de leur outil de travail. Le cercle vicieux de l’endettement et de l’exclusion se referme alors sur ceux qui espéraient précisément s’en affranchir.
Les chiffres avancés par les conducteurs eux-mêmes illustrent l’ampleur du malaise : après règlement du loyer, des frais d’exploitation, de l’énergie et des dépenses indispensables à l’activité, le revenu résiduel demeure dérisoire au regard de l’intensité du travail fourni. Une initiative annoncée comme sociale ne saurait durablement prospérer sur un tel déséquilibre.
Il est donc impératif que les autorités compétentes, les promoteurs du projet et l’ensemble des parties prenantes renouent sans délai le fil du dialogue, dans un esprit de transparence, de justice contractuelle et de responsabilité sociale. Aucune politique de mobilité durable ne peut se bâtir sur la précarisation silencieuse de ceux qui la rendent possible.
À Lambaréné, la sagesse populaire enseigne :
« Celui qui attache la pirogue trop courte finit par empêcher tout le village de traverser. »
Quand ceux qui portent un projet sont entravés, c’est toute la communauté qui demeure immobile sur la rive.


























