Face à la crise scolaire qui paralyse le Gabon depuis plusieurs semaines, Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti RÉAGIR, dresse un réquisitoire sévère contre le pouvoir UDB/CTRI. Dans une tribune parue le 10 février 2026, il décrit une Vème République qui, loin d’incarner la rupture promise, reproduirait selon lui les travers du passé.
L’auteur plante d’abord le décor d’une école à l’arrêt : « les salles de classe sont vides », « les cahiers fermés » et « les enfants attendent ». Pour lui, cette situation n’est ni fortuite ni le résultat d’un caprice syndical. Il affirme que « le système éducatif gabonais est à l’arrêt, non pas par caprice corporatiste, mais par épuisement moral, matériel et institutionnel ». Les revendications des enseignants seraient légitimes, puisqu’ils réclament « le respect de la parole de l’État, la régularité des droits, la dignité du travail ».
Michel Ongoundou Loundah insiste sur la profondeur historique de la crise. Le mouvement actuel serait « l’aboutissement de décennies de promesses non tenues, de dossiers administratifs enterrés, de salaires retardés, de carrières brisées dans l’indifférence ». Dès lors, lorsque SOS Éducation décide la non-reprise des cours dans huit provinces sur neuf, il ne s’agirait pas d’une provocation, mais bien d’« un cri d’alarme national ».
Il dénonce avec force ce qu’il qualifie d’« inversion morale insupportable ». Selon lui, « les enseignants ne sont pas les fossoyeurs de l’école gabonaise ; ils sont les victimes d’un système qui a cessé de se réformer depuis longtemps ». Accuser le corps enseignant d’être responsable d’une éventuelle année blanche relèverait, à ses yeux, d’une stratégie politique indécente visant à masquer les défaillances de l’État.
Sur la réponse gouvernementale, le constat est tout aussi critique. L’ancien sénateur observe l’absence de « dialogue structuré » et de « négociation sérieuse », remplacées par « des arrestations, des intimidations et des manœuvres politiciennes ». Il rappelle une règle essentielle de gouvernance : « on ne gouverne pas durablement contre les corps sociaux structurés, surtout pas contre ceux qui forment l’esprit de la Nation ».
Loundah s’interroge également sur les priorités du chef de l’État, qui multiplie les déplacements à l’étranger pendant que la crise sociale s’aggrave. Il pose des questions directes : « Combien coûte un voyage présidentiel de ce type ? » et « quelles retombées immédiates pour les enseignants, pour l’école, pour les familles gabonaises précarisées ? ». Pour lui, « régler une crise sociale » devrait primer sur la quête de « bailleurs de fonds hypothétiques ».
Il évoque enfin l’exclusion du Gabon du programme AGOA en 2026, malgré des voyages présentés comme stratégiques. La leçon est claire : « le symbole ne remplace jamais la substance » et « un pays ne se gouverne pas par des images ».
En conclusion, Michel Ongoundou Loundah exprime une inquiétude politique majeure. Il cite Marcel Libama pour souligner que « les débuts de cette Vème République évoquent, par bien des aspects, la fin du régime d’Ali Bongo ». Le pays serait à un carrefour historique : persister dans la « politique-spectacle » ou engager des réformes profondes. Car, prévient-il, « l’éducation n’est pas une variable d’ajustement » et « l’Histoire jugera sévèrement ceux qui auront sacrifié une génération entière ». Le temps presse désormais vraiment.

























