Invité ce lundi 09 février 2026 sur les antennes de Radio France Internationale (RFI), l’opposant gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre, a livré une analyse sévère et structurée de la situation politique, économique et sociale du Gabon. Face à une grève des enseignants qui dure depuis deux mois, il se dit peu surpris et pointe une profonde incohérence dans les choix budgétaires du pouvoir actuel.
Selon lui, « lorsqu’on augmente le nombre de députés, le nombre de sénateurs, les salaires des parlementaires et la masse salariale de la Présidence, on ne peut pas s’étonner que les enseignants revendiquent leurs droits ». L’ancien chef du gouvernement rappelle que ces derniers ne réclament rien de nouveau mais exigent simplement « que les droits acquis et prévus par les textes soient respectés ». Pour Bilie-By-Nze, l’étonnement est ailleurs : « le gouvernement semble totalement déconnecté, comme s’il ne comprenait pas ce qui se passe », alors que le mouvement social était visible et prévisible.
Dans les rues comme dans les foyers, le sentiment d’injustice grandit. « Les Gabonais constatent que pour eux rien n’a changé, mais que pour la nouvelle élite dirigeante tout a changé en mieux », observe-t-il, avant d’ajouter, dans une formule cinglante, que « pour les Gabonais, ça change en pire ». Une image qui résume, selon lui, le fossé entre gouvernants et gouvernés.
Sur le plan économique, l’ancien Premier ministre récuse toute tentative de renvoi de responsabilité vers le passé. « Trois ans après, on ne peut pas continuer à dire que c’est la faute à ceux qui étaient là », tranche-t-il. Il chiffre la dérive : une dette passée de 56 % du PIB à son départ à 73 % aujourd’hui, avec une projection à 85 % l’an prochain. Pour lui, le pays a été « surendetté dans des projets sans impact social avéré », au profit d’un système de marchés accordés « à des copains », nourrissant corruption et mauvaise gouvernance.
Bilie-By-Nze rejette également l’idée d’une rupture incarnée par le président Oligui Nguema. Il rappelle que celui-ci était « membre influent du système », patron des services spéciaux et proche du pouvoir depuis Omar Bongo. « Quand on le voit gouverner, il gouverne avec les mêmes personnes », conclut-il, affirmant qu’« il n’y a pas de rupture dans ce système ».
La crise actuelle n’est pas, selon lui, régionale mais bien le fruit de mauvais choix structurels. « Soixante-cinq ans après l’indépendance, ce sont toujours les mêmes trois produits que nous exploitons », déplore-t-il, dénonçant une dépendance persistante au pétrole. L’appel au FMI est, à ses yeux, une « bonne et une mauvaise nouvelle » : plus de transparence, mais des recettes connues qui risquent d’étrangler les ménages.
Il alerte sur une loi de finances fondée sur « des hypothèses fausses » et prévient d’une hausse généralisée du coût de la vie : « l’eau coûtera plus cher, les jus coûteront plus cher, la nourriture coûtera plus cher, le riz coûtera plus cher ». Il évoque aussi la crise de la CNAMGS, symbole d’un État qui n’assure plus les soins essentiels.
Là où son ton se fait le plus grave, c’est sur les libertés. Il reproche au pouvoir « d’avoir promis une rupture et de faire une continuité en pire », notamment « en fermant le pays, en emprisonnant les syndicalistes et les voix critiques parmi les journalistes ». Pour lui, cette dérive autoritaire est « inacceptable ».
Enfin, Bilie-By-Nze sur RFI plaide pour des réformes profondes : États généraux, nouvelle Constitution, rééquilibrage des pouvoirs. Il fustige une concentration excessive : « président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement », tout dans les mêmes mains. À ceux qui lui reprochent son passé, il répond que l’expérience est une richesse. « Moi, je ne confierai pas ma vie à quelqu’un qui n’a aucune expérience », conclut-il, comme un avertissement lancé à l’avenir du Gabon.


























