Les exonérations fiscales décidées en juin dernier par le gouvernement gabonais sur les produits de première nécessité avaient pour objectif affiché de soulager le panier de la ménagère. En supprimant droits et taxes à l’importation, les autorités espéraient une baisse significative des prix sur les marchés. Pourtant, plusieurs mois après leur mise en œuvre, le constat est amer : les consommateurs ne voient pas la différence, tandis que les importateurs engrangent des marges supplémentaires.
Dans les faits, les exonérations ont surtout permis aux grands distributeurs et importateurs de réduire leurs charges fiscales. Mais faute de mécanismes de contrôle efficaces, ces avantages n’ont pas été répercutés sur les prix finaux. Résultat : le riz, le sucre ou l’huile demeurent coûteux, accentuant la précarité des ménages. Cette situation soulève une question centrale : à qui profitent réellement ces mesures ?
En renonçant à une partie de ses recettes douanières, l’État s’est privé de ressources importantes, sans bénéfice tangible pour la population. Les exonérations fiscales se sont transformées en subventions indirectes aux entreprises, creusant le déficit budgétaire et fragilisant la capacité de l’État à financer des politiques sociales.
Autre critique : la limitation géographique de ces exonérations fiscales au Grand Libreville. Pourquoi exclure le reste du pays, où les ménages subissent les mêmes difficultés ? Cette approche sélective alimente les soupçons d’une mesure plus politique qu’économique, destinée à apaiser les zones urbaines les plus sensibles.
Les nouvelles autorités face à un défi urgent
Dans un contexte de transition politique, les nouvelles autorités doivent impérativement réévaluer ces exonérations. Il ne s’agit pas de les supprimer, mais de les encadrer. Des mécanismes de suivi des prix, une transparence accrue dans la chaîne d’importation et une extension équitable à l’ensemble du territoire sont indispensables. Sans cela, ces mesures resteront un mirage social et un fardeau budgétaire.
Les exonérations fiscales, censées protéger les consommateurs, se sont transformées en rente pour les importateurs. Les nouvelles autorités sont interpellées : il est temps de replacer l’intérêt des ménages au cœur des politiques économiques. Car une réforme fiscale sans contrôle n’est qu’une promesse creuse, et le Gabon ne peut plus se permettre de sacrifier ses finances publiques pour des résultats invisibles dans le quotidien des citoyens.


























