Depuis le 29 octobre et jusqu’à ce vendredi 31 octobre 2025, les populations de Mveng-Ayong, zone stade, voient leurs maisons s’effondrer comme des châteaux de cartes happés par un vent mauvais, balayées par un bulldozer mandaté par la multinationale singapourienne Olam Gabon. Aucune autorisation du Procureur de la République, aucune notification de l’ANUTTC, aucun avertissement préalable : leurs investissements, souvent nés de crédits et de sacrifices, ont volé en éclats comme une plaisanterie de mauvais goût jetée à la figure du désespoir.
Depuis ce mercredi 29 octobre, les habitants vivent ce qu’ils décrivent eux-mêmes comme un cauchemar prolongé, une nuit sans réveil où leurs bâtisses édifiées à prix d’or disparaissent sous la volonté d’Olam Gabon, laquelle s’est autoproclamée propriétaire des lieux. Pourtant, la parcelle 271, section Yq1, objet du Titre Foncier n°28166, a été légalement acquise par Jean Christophe Owono Nguema, gérant de la SCI Immobilière du Nord, auprès d’Olam Gabon SA.
Pourtant, toutes les constructions érigées sur cette parcelle, y compris celles autorisées par Jean Christophe Owono Nguema, ont été rasées. Et cela sans la moindre base légale permettant à Olam Gabon de procéder à une telle opération. La multinationale serait même arrivée escortée d’un contingent d’officiers de la gendarmerie nationale, comme si elle anticipait une résistance qui n’a jamais été organisée.
De quoi s’agit-il exactement ? L’espace concerné appartenait auparavant à la SNI, qui l’a vendu à Olam Gabon, laquelle l’a ensuite revendu à la SCI Immobilière du Nord. À partir de cette transaction, les nouveaux propriétaires étaient clairement identifiés. Pourtant, les habitants ont vu leurs biens réduits en poussière, alors que certains n’attendaient plus que la pose de la toiture pour achever leur future maison. Des barrières valant plusieurs millions de FCFA ont été brisées comme de simples brindilles.

Michel, occupant d’une parcelle de 1000 m² détruite « il y a deux jours », raconte : « Nous sommes arrivés ici en 2015. Jamais personne ne nous a dit que cette zone appartenait à Olam ou à qui que ce soit. Un matin, leurs employés débarquent et revendiquent le terrain. J’ai même un manguier de neuf ans qui donnait ses premiers fruits. Or Olam dit avoir acquis la parcelle il y a cinq ans. Il y a clairement un problème de dates. J’ai occupé de bonne foi, j’ai fait une régularisation foncière. L’ANUTTC ne m’a jamais signifié une quelconque propriété privée. Aujourd’hui, on voit la violence d’Olam. Sans décision de justice, sans ordonnance, ils détruisent nos biens. Je ne sais pas dans quel État nous vivons. »
Kebila Eugène, maître principal major de la Marine à la retraite, témoigne lui aussi : « J’avais un sous-bâtiment, une barrière, tout a été rasé sans explication. À la retraite, c’est une douleur indescriptible. Nous étions en négociation avec une autre personne qui disait avoir un titre foncier, et voilà qu’Olam surgit. »
Selon plusieurs habitants, Johanna Berre, représentante juridique d’Olam Gabon, aurait affirmé agir sur instruction du Président de la République, assertion immédiatement démentie par ce dernier. Elle aurait également tenté d’empêcher le Procureur de la République de circuler, prétextant un appui inexistant du Procureur général. Le Procureur de la République a alors ordonné son arrestation pour atteinte à son autorité heureusement pour elle qu’une médiation a été menée par les différentes parties.
Le Directeur général de l’ANUTTC, Gildas Mickoto, déclare ne reconnaître aucune légitimité à cette opération de « casse sauvage ». Comment croire qu’il n’aurait pas été au courant d’une telle destruction qui aurait duré trois jours ? Comment Olam Gabon aurait-il utilisé des forces de l’ordre et de sécurité qui relève de l’administration publique sans que l’ANUTTC ne soit informée ? Le ministère du logement aurait-il ignoré ? Autant de questions qui méritent de réponses.
Le Procureur de la République a demandé aux victimes de faire constater les destructions par un huissier puis de déposer une plainte collective contre Olam Gabon, dénonçant un une destruction des biens d’autrui.


























